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La manita du siècle

5 – comme les doigts de la main – buts à 0. Un score qui ne laisse place à aucune contestation. Le Barcelone de Guardiola, ultra-puissant, charmeur, envoûtant, intraitable et beau, nous a rappelé à quel point le football pouvait être jouissif. Face à une équipe en état de grâce, l’apathique Real Madrid du Spécial One n’aura jamais fait illusion. Le Clasico du siècle, ou comment le FC Barcelone continue d’écrire une superbe page de l’Histoire du football.

Il était annoncé comme l’opposition du siècle, entre deux ennemis intimes de l’Espagne, dont les affrontements sur les terrains relèvent parfois plus de politique que de sport. La Catalogne contre la Capitale : le Real Madrid est reparti humilié du Nou Camp, sans n’avoir jamais pu inquiéter les joueurs de Guardiola. La première estocade est portée par Xavi, ce diable de milieu intelligent et insaisissable. A peine 8 minutes de jeu, et le stade exulte. Pedro, 10 minutes plus tard, porte un second coup au moral des madrilènes. David Villa s’offre un doublé et Jeffren clôt le spectacle. Tout un symbole pour ce jeune joueur formé au club. 77% de possession de balle pour le Barça au bout de 40 minutes de jeu, plus de 63% à la fin du match. A un tel niveau, c’est tout simplement immense.

En face, le Real ne peut rien. Pour une raison affligeante d’évidence : les joueurs de Mourinho ne parviennent pas à récupérer le ballon, et quand, par hasard, ils sont en sa possession alors, ils enchaînent les maladresses. Passes ratées, contrôles manqués, mauvais choix et manques cruels d’inspiration. Özil, le jeune meneur de jeu, brillant lors de certains matchs, est transparent en première période, remplacé en seconde. Khedira et Xavi Hernandez incapables de récupérer un ballon. Même Cristiano Ronaldo, gonflé à bloc avant le match comme en témoignèrent les conférences de presse, n’est que l’ombre de lui-même. Si Mourinho a battu Barcelone l’an passé en Ligue des Champions avec l’Inter de Milan, ce fut grâce à un système de jeu ultra-défensif. Replacer Eto’o arrière latéral droit, ce n’est pas banal. Maintenant en poste au Real Madrid, le coach portugais a aligné une équipe en accord avec la philosophie offensive et joueuse de la Maison Blanche. De toute évidence, le Mou a encore du travail, ses joueurs également.

Les Barcelonais ont dansé sur les Ramblas, trinqué dans les bars, chanté une bonne partie de la nuit. Oubliée la crise financière pour quelques jours : la joie est immense et pas seulement car le rival fut fessé. Le jeu pratiqué par l’équipe catalane depuis quelques années est remarquable. 6 titres en un an, des victoires aux scores fleuves et de manière tellement fluide, intelligente et limpide. L’héritage d’un certain Cruyff, à qui Guardiola a rendu hommage après la rencontre ; le résultat d’une politique de formation de plusieurs années, à qui on doit le noyau dur de l’équipe (Inesta, Piqué, Busquets, Pedro, Puyol, Xavi…); le talent de certains, l’intelligence d’autres et toujours la rigueur tactique. Les raisons sont multiples, réunies pour offrir des phases de jeu remarquables. Avec le ballon : toujours en mouvement et à une touche de balle, simple en somme… Un milieu passe la balle et se déplace immédiatement pour créer des décalages entre les lignes et un attaquant multiplie les appels dans le dos des défenses, à la limite du hord-jeu. Sans le ballon : l’intelligence dans le placement et l’occupation du terrain donne parfois l’impression que la Barça joue avec deux joueurs de plus que son adversaire, l’empêchant de relancer et de construire son jeu. Le Barça joue et fait déjouer, remarquablement. Toutes les victoires et tous les titres avaient fait naître une question : le FC Barcelone est-il en train de devenir le meilleur club de football de l’histoire ? Alors, avant de crier à la perfection, il faudrait s’assurer de ne pas oublier le Real Madrid des années 50, l’Ajax des années 70, le Liverpool des années 80 et le Milan AC des années 90 : tous ces clubs qui ont révolutionné le football, autant par leur façon de concevoir le jeu et leur tactique, que par leur palmarès et les émotions qu’ils ont procurées. S’il est aujourd’hui une chose évidente : le Barça des années 2010 s’inscrit dans la droite lignée de ces clubs légendaires, et continue d’écrire de belles pages de l’histoire du football qu’on ne se lasse pas de regarder…

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