Des manifestants sont descendus dans les rues des grandes villes du Brésil. Ici, à Rio, le 20 juin 2013. 
Photo : SemillaLuz.flickr.cc

La Fifa et le peuple brésilien : les raisons du divorce

Les manifestations de juin dernier au Brésil ont pointé du doigt le coût de l’organisation de la Coupe du Monde 2014. Au premier rang des accusés : la Fifa, l’organisation privée chargée de réguler le football mondial. Entre exigences et moyens de pression : pourquoi le torchon brûle entre la Fifa et le Brésil.

Des manifestants sont descendus dans les rues des grandes villes du Brésil. Ici, à Rio, le 20 juin 2013.  Photo : SemillaLuz.flickr.cc
Des manifestants sont descendus dans les rues des grandes villes du Brésil. Ici, à Rio, le 20 juin 2013.
Photo : SemillaLuz.flickr.cc

Un coût élevé qui ne passe pas, même pour une population qui considère le ballon rond comme une religion : le Brésil s’est enflammé le 18 juin dernier, pour protester contre l’augmentation du prix des tickets des transports publics de Sao Paulo, alors que dans le même temps s’ouvrait la Coupe de Confédérations, sorte de répétition générale du Mondial 2014. Les manifestants dénonçaient le coût de la Coupe du Monde jugé exorbitant : 459 millions d’euros (chiffre de 2011). En cause : les exigences draconiennes de la Fifa, notamment sur la capacité des stades. A Sao Paulo, un nouveau stade est en construction. L’original comptait 48 000 places, la FIFA en exige 17 000 de plus. Des dépenses supplémentaires à faire supporter à la ville, l’état ou même l’entreprise de construction et donc à la population. Le mythique stade du Maracaña à Rio, théâtre de la première finale de l’histoire de la Coupe du Monde en 1950 et de la victoire de l’Uruguay contre le Brésil, est en travaux pour améliorer les conditions de sécurité : il perd 17 000 places, mais gagne des loges afin accueillir les sponsors, les officiels, les invités pendant le Mondial… au détriment des supporters. Et nombreux sont les changements apportés au paysage urbain autour du stade : une favela rasée, des immeubles menacés. Pour les besoins de la Fifa et des sponsors. Au détriment des populations déplacées.

En Afrique du Sud, les « éléphants blancs » ne sont jamais remplis

La Fifa impose ses règles concernant les infrastructures des pays qui accueillent le Mondial. Comme en Afrique du Sud, dans certaines villes, les stades flambants neufs dont la construction ou la rénovation aura engendré des sommes importantes ne seront pas remplis après la compétition et ne serviront qu’en toute petite partie seulement à la population. L’Afrique du Sud a dépensé 1,2 milliards d’euros pour construire et rénover ses stades. La Fifa avait demandé deux stades de 70 000 places et un de 94 000.  Aujourd’hui, ces « éléphants blancs » ne sont jamais remplis. Souvent vides même. Les craintes de voir la même chose se produire au Brésil sont grandes : Manaus aura son stade de 44 000 places pour accueillir 4 matchs du Mondial 2014. Ensuite ? Ce sera du ressort des équipes locales de remplir cet « éléphant blanc » brésilien. Autant dire : mission impossible pour cette ville amazonienne du nord-ouest du pays.

Photo : Deputado Estudal Marcelo Freixo PSOL-RJ.flickr.cc
Photo : Deputado Estudal Marcelo Freixo PSOL-RJ.flickr.cc

Organisation à but non lucrative, la Fifa est pourtant très lucrative

L’ingérence dans la politique des pays est également un grief retenu contre cette organisation mondiale privée chargée de réguler le football et d’organiser les compétitions mondiales. Elle fait fi des lois du pays pour imposer ses règles afin de choyer ses sponsors officiels. Pas de cadeau en 2010 en Afrique du Sud lorsque des hollandaises ont tenté de faire la publicité d’une autre marque de bière que celle du sponsor officiel dans l’enceinte du stade. Au Brésil, il est interdit de boire de l’alcool dans l’enceinte des stades. Qu’importe : la Fifa a triomphé de la loi, lorsque le parlement brésilien a adopté en mars 2012 le projet d’organisation de la Coupe du Monde et a autorisé la vente de bière dans les stades. Le pays hôte suspend sa loi, le temps de la compétition et les supporters pourront siroter leur bière Budweiser assis dans les stades de football.

C’est également la Fifa qui décide du prix des places, des commerces aux alentours des stades et qui achète de nombreux termes, inutilisables ensuite sous peine de condamnation. Une certaine arrogance  a également mis le feu aux poudres au Brésil. Jérôme Valcke, bras droit de Joseph Blatter, invite au début de l’année 2012, le Brésil « à se mettre un coup du pied aux fesses » concernant les travaux des infrastructures destinées à accueillir le Mondial 2014. Un tollé pour la presse et les hommes politiques brésiliens. Il aura fallu une lettre d’excuse du secrétaire général de la Fifa et une rencontre entre Dilma Rousseff – la présidente du Brésil – et Joseph Blatter – le président de la Fifa – pour apaiser les tensions.

Organisation à but non lucrative, la Fifa est pourtant très lucrative. Tandis que les pertes de l’Afrique du Sud, à l’issue du Mondial 2010, ont été importantes (2,1 milliards d’euros), les gains pour la Fifa ont été à la hauteur. Sa santé financière est au top (elle annonce 89 millions d’euros de bénéfices en 2012 et un fond de réserve de 1,378 milliards de dollars). L’organisation basée en Suisse n’est pas comme le Brésil : elle ne connaît pas la crise.

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