Children playing football on the courtyard of the Blue Mosque - peaceful times.

Le ramadan est-il football-compatible ?

A l’heure où les clubs de football reprennent le chemin des camps d’entraînements, les différents staffs techniques doivent gérer un paramètre pour le moins délicat. Le ramadan, neuvième mois du calendrier musulman pendant lequel les pratiquants ne doivent ni boire ni manger de l’aube au coucher du soleil, est pratiqué par nombre de joueurs de Ligue 1. Dès lors, comment concilier, pour la direction comme pour le sportif, la pratique du football de haut niveau avec cette tradition essentielle pour les musulmans ?

Children playing football on the courtyard of the Blue Mosque - peaceful times.
Devant la Mosquée bleue à Istanbul (Crédits : Flickr – Jayanth Vincent – CC)

Y a-t-il des exceptions au Ramadan ?

Bien que le ramadan soit suivi par plusieurs millions de personnes dans le monde, cette période de jeûne ne concerne pas tous les musulmans. D’après le Coran, plusieurs strates de la société sont ainsi exemptés de jeûne : les malades mentaux et les enfants impubères en sont par exemple dispensés. Les malades chroniques et les personnes âgés séniles sont quand à eux tenus de faire manger un pauvre pour chaque jour de jeûne manqué. Les femmes enceintes, les femmes en période de menstruation, les femmes allaitant leurs nouveau-nés, les voyageurs et les malades ont la possibilité de rompre le jeûne mais devront dans ce cas compenser les jours manqués. Le footballeur ne rentre dans aucune de ces exceptions. Le texte coranique est néanmoins sans équivoque en ce qui concerne la santé. Celle-ci ne doit pas être mise en danger par le ramadan : « A ceux qui ne peuvent jeûner qu’avec difficulté incombe en expiation, la nourriture d’un pauvre » (Coran, 2 – La Vache – 184). Le footballeur possède ainsi une échappatoire en faisant preuve de charité envers les plus démunis. Une interprétation pas vraiment suivie par de nombreux footballeurs musulmans qui préfèrent observer le jeûne, pourtant déconseillé lors d’exercices sportives.

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Istanbul, toujours ! (Crédits : Flickr – elainne_dickinson – CC)

Ramadan et pratique sportive incompatible d’un point de vue médical

Les avis médicales sont ainsi unanimes : la pratique sportive est incompatible avec le jeûne. D’après le Dr. Patrick Bacquaert, consultant en médecine du sport et sport santé, les risques sont nombreux : déshydratation, hypoglycémie, accident tendino-musculaire, diminution de la condition physique, etc. Des dangers d’autant plus importants pour des footballeurs qui sont en pleine préparation de la saison à venir. De nos jours, les clubs professionnels prennent un soin minutieux à orienter leur pré-saison vers des exercices physiques plutôt que vers des entraînements techniques ou tactiques, et ce sous des températures estivales.

Le ramadan pour un football : au cas par cas

Mais les footballeurs musulmans sont bien conscients du risque lié au jeûne. Dans un entretien accordé à Goal.com en 2009, Frédéric Kanouté met en avant toute la difficulté à concilier ramadan et football : « C’est vrai que parfois ce n’est pas facile de faire le carême, surtout ici en Espagne où il fait très chaud, mais j’y arrive ». Mais comme de nombreux joueurs, il affirme trouver dans la foi et la dévotion les ressources nécessaires pour se surpasser et ainsi maintenir un niveau de jeu satisfaisant. Anther Yahia abonde dans le même sens en affirmant sur le site de Fifa.com que « la foi donne la force de surmonter les difficultés ».

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Kanouté version FC Séville (Wikimedia Commons – CC)

Certains footballeurs préfèrent néanmoins faire entorse à la règle. Des joueurs comme Chermiti, attaquant tunisien du FC Zurich, choisissent de faire l’impasse sur ce jeûne. D’autres décident plutôt d‘aménager leur ramadan en accord avec leur pratique du sport de haut niveau. C’est le cas de Mohamed Salah et de Mohamed Elneny, deux Egyptiens prometteurs du FC Bale, qui ont décidé, en accord avec leur imam, de rompre le jeûne seulement les jours de matches. Au final, chaque joueur agît en fonction de ses convictions personnels et de la manière dont il vit sa foi au quotidien.

A la recherche du compromis

D’autant plus que les clubs font souvent preuve de compréhension face à cette question religieuse. Le docteur Christophe Baudot, responsable de la cellule médicale de l’OM, affirme ainsi sur le site officiel du club olympien que « toutes les mesures seront prises en pleine conscience entre le staff médical et les joueurs pour que cette étape ait le moins de répercussions physiologiques tout en respectant les aspects psychologiques liés à cette période« . Rémi Garde, entraîneur de l’Olympique Lyonnais, ne voit pas de problèmes « tant qu’on peut trouver un compromis entre les deux [parties] ». Autre résolultion, le PSV Eindhoven n’hésite pas à mettre en place un régime alimentaire spécial riche en liquides pour les joueurs musulmans de son effectif.

L’initiative la plus progressiste est à mettre au profit du Conseil Central des Musulmans d’Allemagne qui autorise depuis 2011 la consommation de nourriture pendant le ramadan à condition que le joueur professionnel puisse rattraper les jours de jeûne pendant les périodes où il n’y a pas de match, une première en Europe.

Le ramadan est un cas difficile à gérer pour les clubs de football. Il peut entraver les plans de l’entraîneur au cours de saison. Kombouaré, alors coach du PSG, refusait d’aligner un joueur qui aurait observé le jeûne le jour d’une rencontre pour ne pas mettre en danger la santé du joueur. Des concessions pas forcément faisables pour de plus petits effectifs, notamment pour des clubs amateurs. A l’image de ce qui a été fait en Allemagne, les institutions compétentes se doivent de se prononcer sur le sujet pour clarifier une situation sujette à interprétation et pour le moins opaque, même pour les plus fidèles…

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