Archives de catégorie : Hors-Jeu

Crimée-Russie : quand la crise s’invite dans le Championnat ukrainien

Suite au passage de la Crimée et de la ville de Sébastopol sous le giron russe ce mercredi, deux clubs de football qui évoluaient jusqu’ici dans le Championnat ukrainien, ont fait part de leur volonté de rejoindre le Championnat de Russie.

Les clubs de football de Sébastopol et du Tavria Simféropol ont fait part ce mercredi, par l’intermédiaire de leurs dirigeants, de leur volonté de rejoindre le Championnat russe, en réaction à l’intégration de la Crimée et de la ville de Sébastopol à la Russie.

Le président du club de football de Sébastopol – 11ème du championnat ukrainien – a déclaré au journal russe Sport Den Za Dnem : « Nous sommes en train de rédiger une lettre d’explication qui sera envoyée à l’UEFA, à la Fifa et à la Fédération ukrainienne ». Une demande que l’UEFA devrait examiner lors d’une réunion au Kazakhstan les 24 et 25 mars prochain.

De son côté, le club de Tavria Simféropol est plus prudent – à l’image des déclarations de son directeur sportif : « Jusqu’à présent, nous n’avons pas reçu d’offre de la part de la Fédération russe de football, ni mené de discussions. Avant de négocier, il faut savoir si la Crimée rejoint bien la Russie ».

Sébastopol. Photo : Alexxx1979.flickr.cc
Sébastopol. Photo : Alexxx1979.flickr.cc

Ce mardi 18 mars, le président russe Vladimir Poutine, a signé un traité validant l’intégration de la Crimée et de la ville de Sébastopol à la Russie. Moins d’un mois après les JO de Sotchi et alors que les jeux paralympiques se déroulent actuellement en Russie, la cour constitutionnelle russe a validé ce mercredi à l’unanimité le traité d’intégration. La Crimée et Sébastopol seraient sous la coupe russe. Pour autant, l’Ukraine ne reconnaît pas ce rattachement, ni l’occupation de la Crimée par des soldats russes et le référendum favorable à 96,6% à l’intégration russe.

Avec Reuters.

Droits TV / Ligue 1 : Canal + réagit

Canal + saisit ce mardi l’Autorité de la concurrence pour protester contre la mise en vente anticipée par la Ligue de Football Professionnelle des droits TV de la Ligue 1 pour la période 2016-2020.

Crédits : Ronnie Macdonald (Flickr)
Crédits : Ronnie Macdonald (Flickr)

 

Le jeudi 6 mars 2014, contre toute-attente, la Ligue Professionnelle de Football annonce le lancement d’un appel d’offres anticipé pour l’attribution des droits de la Ligue 1 pour la période 2016-2020. Le président de la LFP, Frédéric Thiriez, a justifié ce timing avancé par le « besoin de visibilité financière » pour les clubs de Ligue 1, dont les budgets sont liés aux sommes obtenues pour les droits de retransmission télévisuelle redistribuées aux clubs.

Cette annonce avancée (attendue à l’automne 2015) a eu pour conséquence de forcer les potentiels acquéreurs à travailler dans l’urgence : Canal + et beIN Sports en tête. La chaîne française cryptée, en délicatesse avec son concurrent qatari sur plusieurs dossiers depuis le début de l’année 2013, réagit, par l’intermédiaire de son président dans une interview donnée au Figaro : « La Ligue de football nous a vendu des droits pour quatre ans, jusqu’en juin 2016. Nous souhaitons pouvoir en profiter sereinement. Je ne comprends pas cette précipitation ».

Canal + saisit donc l’Autorité de la concurrence pour protester contre ce timing qui serait susceptible de déstabiliser la clientèle de la chaîne. Un nouvel épisode dans la lutte pour les droits de diffusion des compétitions sportives entre Canal + et beIN Sports, après celui de la Coupe du Monde 2014 ou encore du Championnat de France de Handball pour la saison 2014-2015.

Les diffuseurs intéressés par la diffusion du Championnat de France 2016-2020 devront faire leurs offres financières à la LFP avant le 4 avril prochain : 6 lots sont proposés à la vente et pas de changements majeurs dans le programme des journées de championnat. Un probable nouvelle lutte à venir entre Canal + et beIN Sports.

Prison ferme pour Uli Hoeness !

Le verdict est enfin tombé : trois ans et six mois de prison ferme pour Uli Hoeness. Condamné pour fraude fiscale ce jeudi, le désormais ancien président du Bayern Munich a décidé de ne pas faire appel et de purger sa peine. Retour en trois points sur une affaire qui aura secoué l’ensemble de la société allemande.

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Uli Hoeness (Crédits : Wikimedia Commons)

Pourquoi Hoeness est-il condamné ?

Celui qu’on appelle outre-Rhin « le roi de la saucisse » a été condamné à trois ans et six mois de prison ferme pour fraude fiscale. En cause, la modique somme de 27,2 millions d’euros qui n’a pas été déclarée au fisc allemand depuis 2003. Un véritable camouflet pour ce dirigeant étiqueté comme étant un donneur de leçons dans le Landerneau footballistique, toujours avide de commentaires caustiques à l’égard de clubs aux politiques financières pas forcément vertueuses. Une sentence d’autant plus cinglante pour l’ancienne gloire du football allemand qu’il avait, dans un premier temps, admis ne pas avoir déclaré une somme qu’il avait estimé à hauteur de… 3,5 millions d’euros ! Pour comprendre d’où vient cet argent, il faut remonter en 2003. Robert Louis-Dreyfus, alors président de l’Olympique de Marseille, lui avait prêté 20 millions d’euros sur un compte suisse. Hoeness avait utilisé cette somme à des fins spéculatives, avec plus ou moins de succès. En août 2011, la Suisse et l’Allemagne signent une convention bilatérale obligeant les ressortissants allemands résidant en Suisse à payer leurs impôts de l’autre côté de la frontière. Hoeness, lui, préfère ignorer cette nouvelle directive.

Toujours dans l’illégalité, Uli Hoeness voit l’étau se resserrer autour de sa personne en janvier 2013. Le magazine Der Stern affirme enquêter sur une personnalité du football allemand qui possède un compte en Suisse. Quelques jours après cette révélation, le président du Bayern décide de prendre les devants en lançant une procédure d’auto-dénonciation auprès du fisc. Pensant échapper au pire, Hoeness voit finalement le scandale éclater quelques mois plus tard avec le magazine Focus qui révèle la procédure en cours.

Lors de ce procès qui a duré quatre jours, ses avocats ont plaidé pour un simple sursis, arguant que leur client s’était lui-même dénoncé, de bonne volonté, au fisc allemand. En le condamnant à plus de trois ans de prison ferme, les juges ont surtout considéré que cette auto-dénonciation n’était que le fruit d’une mûre réflexion du président du Bayern dont le but était de s’éviter les foudres de la presse allemande et une trop lourde sanction pécuniaire. Dans un communiqué, il a annoncé hier qu’il avait l’intention de ne pas faire appel de cette condamnation.

Quelle a été la position du Bayern Munich pendant cette affaire ?

Durant ce scandale, les dirigeants et les joueurs n’ont pas dérogé à l’une des maximes qui façonnent l’identité singulière du club au regard des autres équipes continentales : rester solidaire, et ce, en toutes circonstances. Le Bayern avait déjà soutenu mordicus un Ribéry en pleine tourmente dans l’affaire Zahia. Il en avait fait de même avec Breno, jeune défenseur brésilien qui avait sombré, notamment dans l’alcool, au point d’avoir incendié intentionnellement sa villa dans le but d’empocher l’argent de l’assurance. Il avait été condamné à l’époque à 3 ans et 9 mois de prison ferme. Après un an d’incarcération, Breno a recouvré sa liberté l’été dernier, en conditionnelle, et a retrouvé sa famille bavaroise en fils prodigue, non pas en tant que joueur de football, mais en tant qu’entraîneur adjoint de l’équipe réserve.

Dans le cadre de l’affaire Uli Hoeness, la position des personnalités munichoises n’a pas bougé d’un iota. Franck Ribéry lui a dédié la qualification du club en quarts de finale de Ligue des Champions obtenue en milieu de semaine aux dépens d’Arsenal : « Uli Hoeness est une personne très importante pour nous. C’est un grand monsieur pour le club. On est avec lui. On va croiser les doigts pour que ça se passe super bien pour lui. Mais en tout cas on a besoin de lui. On ne voit pas le Bayern sans Hoeness. C’était important de faire un bon résultat, de se qualifier pour lui. On est tous avec lui. » Présent dans la tribune d’honneur de l’Allianz Arena mardi soir, Hoeness a également été défendu par Karl-Heinz Rummenigge, autre dirigeant emblématique du club, qui a écarté d’un revers de main tout début de polémique : «Le Bayern Munich, c’est lui tout simplement donc il est normal qu’il soit ici.»

Quid de son avenir au club ?

Son intention d’exécuter sa peine ne laissait guère de doute à ce sujet. Uli Hoeness a annoncé, dans le communiqué cité précédemment, sa démission des postes de président du FC Bayern Munich et du conseil de surveillance, voulant préserver son club « de tout préjudice. » Il a profité du même coup pour affirmer son amour conditionnel d’un club qu’il aura mené d’une main de maître depuis novembre 2009, avec notamment une Ligue des Champions à la clé en 2013 : « Le FC Bayern Munich est l’œuvre de ma vie et le restera toujours. Je resterai lié à ce club fantastique et à ses membres d’une autre manière, aussi longtemps que je serai en vie », a-t-il écrit, « remerciant du fond du cœur ses amis et les membres du FC Bayern pour leur soutien ». L’annonce de son successeur ne s’est pas faite attendre : Karl Hopfner, vice-président et membre du Comité exécutif du conseil de surveillance du Bayern, aura la lourde tâche de prendre les rênes d’un club au firmament du football européen.

Coupe du Monde 2014 : beIN diffusera l’intégralité des matchs

La chaîne qatarie beIN diffusera tous les matchs de la prochaine Coupe du Monde. 28 d’entre eux seront codiffusés avec TF1, dont ceux de l’équipe de France, les demi et la finale.

Les tribunes de supporters brésiliens. Photo : sophie_pr.flickr.cc
Les tribunes de supporters brésiliens.
Photo : sophie_pr.flickr.cc

TF1 a enfin trouvé preneur : les 36 matchs de Coupe du Monde mis en vente par la première chaîne ont été acquis par beIN. La chaîne française, qui avait déboursé 130 millions d’euros pour acquérir les droits du Mondial, récupèrerait, grâce à cette vente, la somme de 50 millions d’euros de beIN (même si le montant de la transaction n’a pas été révélé).

La compétition, qui se déroule du 12 juin au 13 juillet, sera donc entièrement retransmise sur deux canaux – beIN Sports 1 et 2 – ainsi que sur les réseaux sociaux du groupe. Les 36 matchs acquis grâce au contrat passé avec TF1 le seront en exclusivité. Le prix comprend également la diffusion d’un magazine quotidien en clair.

28 matchs seront donc diffusés sur TF1 (et en codiffusion avec beIN) : ceux des Bleus, les demi et la finale. Des magazines autour de la Coupe du Monde sont également prévus. Un pied-de-nez à Canal Plus, qui a déposé plainte hier au tribunal de Nanterre pour concurrence déloyale contre la chaîne qatarie.

Quand Afrique, football et cinéma font bon ménage

Coïncidence du calendrier des sorties du mois de février au cinéma, deux films francophones mettent à l’honneur l’Afrique sur fond de football à quelques jours d’intervalles : Le Crocodile du Botswanga et Les Rayures du zèbre. Des animaux dans le titre, un voyage dans le continent africain, du foot et des acteurs comiques, ces deux films prouvent de façon différente qu’Afrique, football et cinéma font bon ménage.

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Foot + humour + Afrique : l’addition donne des résultats différents, mais foncièrement intéressants au cinéma. Le premier est une comédie sonnant les retrouvailles sur grand écran des humoristes révélés par le Jamel Comedy Club, Fabrice Eboué et Thomas Ngijol après le succès de Case Départ. Mais dans Le Crocodile du Botswanga, le ballon rond n’est qu’un prétexte scénaristique pour justifier l’arrivée d’un jeune Français dans le pays de sa défunte mère, chaperonné par son agent sans scrupule et accueilli par le chef d’Etat en personne, ou plutôt le dictateur… Deux semaines plus tôt, c’est un autre parcours, en sens inverse, mais toujours lié à l’Afrique, que les spectateurs pouvaient découvrir dans Les Rayures du zèbre. Benoît Poelvoorde est lui l’agent, sa morale laisse à désirer, et il ramène en Belgique un prodige ivoirien du ballon rond dans l’espoir de le vendre à une bonne équipe et de se refaire une réputation au passage. Les rouages de l’histoire se ressemblent mais le résultat n’a rien à voir.

Le crocodile se rit des clichés

Le Crocodile du Botswanga se sert du foot pour justifier le séjour du jeune Français d’origine « botswangaise » – dictature imaginaire qui est inspirée de celles d’Afrique comme d’ailleurs – et s’amuse de tous les clichés possibles et inimaginables que l’on peut avoir. Le tyran Ngijol use et abuse de son accent de dictateur africain hurlant, son gouvernement corrompu est le reflet de bien des Etats et les personnages blancs font écho aux hommes d’affaires sans vergogne qui pillent les richesses, ou cherchent les faveurs du terrible chef d’Etat.

La musique ressemble à celle du Roi Lion, tous les personnages sont des caricatures et c’est tant mieux. Quand la comédie française s’enferme dans la facilité à coup de suite (Les 3 Frères – le retour) ou recette pépère (Dany Boon et son Supercondriaque), Eboué et Ngijol préfèrent appuyer là où ça fait mal ou faire rire jaune pour capter l’attention. Le dénouement est prévisible, mais les effets comiques fonctionnent et la réflexion sur l’Afrique, son passé colonial comme sa situation actuelle, est abordée sans tabou. Toutefois, pas la peine de chercher de scène de foot ou de regard plus subtil sur les rapports entre Europe et Afrique à travers le ballon rond. Pour ça, il y a Les Rayures du zèbre.

Un zèbre loin des fantasmes de l’Afrique

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Profane du football ou amateur de la discipline ont de quoi aimer cette plongée dans les relations entre Occident et Afrique sur fond de recrutement de joueur. Poelvoorde retrouve son accent belge pour incarner un agent qui connaît la Côte d’Ivoire comme sa poche et s’y sent comme un roi. Il a avoué au Parisien s’être inspiré de Serge Trimpont qui a déniché Aruna Dindane et Cheikh Tioté. « Et pour couper court aux mythes et autres fantasmes, [Serge Trimpont] a accepté de collaborer avec Benoît Mariage pour Les Rayures du Zèbre : ‘Ce film on l’a voulu juste. On souhaitait montrer la vérité, et ne pas revenir avec des clichés, comme c’est souvent le cas dans le football. Ce que je vous dis, les gens ne le savent pas' » lit-on sur le site belge de La Dernière Heure.

L’agent en question se rachète peut-être une conscience en disant cela, mais le film est en tout cas exempt de clichés. Pour peu qu’on connaisse ou pas la Côte d’Ivoire, le pays présenté dans le film n’est pas vendu sur son folklore, les palmiers sont rares et ne sont pas là pour faire rêver. La justesse du jeu des acteurs et la tendresse qu’on éprouve rapidement à l’égard des personnages témoignent de la sincérité de la démarche. L’humour est présent tout au long du film, mais il ne nuit pas à la réalité des situations. Car si le film peut être tendre et drôle, il sait aussi être brutal et cruel. Le foot comme vecteur d’intégration ou de promotion sociale n’est pas démenti, mais son pendant « business » qui flirte avec le néocolonialisme est présenté au spectateur, qui se fera son opinion lui-même.

« Totalement insaisissable en France » ?

Les éloges pleuvent sur Les Rayures du zèbre mais le long métrage ne dépassera pas le million d’entrées, à la différence du Crocodile du Botswanga. La promotion autour du film, portée par un Benoît Poelvoorde très attaché au long métrage et extrêmement convaincant dans son rôle, et les critiques enthousiastes comme celles du Parisien n’auront pas suffi. La comédie dramatique – ou dramedy dans le jargon cinéphile -, du réalisateur des Convoyeurs attendent et Cowboy (deux déjà avec la star belge), est passée inaperçue en France. Le site belge RTBF.be tente d’expliquer le flop du film dans l’Hexagone ainsi : « En France, le rapport historique à l’Afrique est totalement différent, et à l’ère du « politiquement correct » faire rire avec un sujet aussi sensible que l’exploitation de sportifs africains n’est pas forcément bien compris. Benoît Poelvoorde confiait, dans une interview qu’il nous a accordée, s’être fait taxer de racisme par des journalistes qui n’avaient visiblement pas saisi les différents degrés de lecture du film. Bref, il est très probable que ce qui nous fait rire dans Les Rayures est totalement insaisissable pour le spectateur lambda en France. »

Les chiffres ont été effectivement désastreux en France, 332 entrées à Paris pour la première séance parisienne. A titre indicatif, Rien à déclarer avec Boon et Poelvoorde en avait fait 3 273. Après ce démarrage, le film n’a pas réussi à décoller, rangé rapidement dans les oubliettes. « Totalement insaisissable » alors l’humour des Rayures pour le Français ? Pourtant, la France a un rapport intense et houleux avec l’Afrique comme la Belgique, même s’il y a évidemment des nuances et de nombreuses particularités. Il faut prendre en compte les différences entre le marché du cinéma dans l’Hexagone avec celui du Plat pays, ainsi que l’aura de Benoît Poelvoorde, toujours puissante sur ses terres, alors qu’elle pourrait être usée en France par une série d’échecs de films dramatiques avec Monsieur Manatane, comme Une histoire d’amour ou bien Une place sur la terre. Car Les Rayures du zèbre n’est pas une comédie calibrée, mais d’abord une œuvre sensible et audacieuse dans son traitement des relations entre Afrique et Occident.