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Quand Afrique, football et cinéma font bon ménage

Coïncidence du calendrier des sorties du mois de février au cinéma, deux films francophones mettent à l’honneur l’Afrique sur fond de football à quelques jours d’intervalles : Le Crocodile du Botswanga et Les Rayures du zèbre. Des animaux dans le titre, un voyage dans le continent africain, du foot et des acteurs comiques, ces deux films prouvent de façon différente qu’Afrique, football et cinéma font bon ménage.

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Foot + humour + Afrique : l’addition donne des résultats différents, mais foncièrement intéressants au cinéma. Le premier est une comédie sonnant les retrouvailles sur grand écran des humoristes révélés par le Jamel Comedy Club, Fabrice Eboué et Thomas Ngijol après le succès de Case Départ. Mais dans Le Crocodile du Botswanga, le ballon rond n’est qu’un prétexte scénaristique pour justifier l’arrivée d’un jeune Français dans le pays de sa défunte mère, chaperonné par son agent sans scrupule et accueilli par le chef d’Etat en personne, ou plutôt le dictateur… Deux semaines plus tôt, c’est un autre parcours, en sens inverse, mais toujours lié à l’Afrique, que les spectateurs pouvaient découvrir dans Les Rayures du zèbre. Benoît Poelvoorde est lui l’agent, sa morale laisse à désirer, et il ramène en Belgique un prodige ivoirien du ballon rond dans l’espoir de le vendre à une bonne équipe et de se refaire une réputation au passage. Les rouages de l’histoire se ressemblent mais le résultat n’a rien à voir.

Le crocodile se rit des clichés

Le Crocodile du Botswanga se sert du foot pour justifier le séjour du jeune Français d’origine « botswangaise » – dictature imaginaire qui est inspirée de celles d’Afrique comme d’ailleurs – et s’amuse de tous les clichés possibles et inimaginables que l’on peut avoir. Le tyran Ngijol use et abuse de son accent de dictateur africain hurlant, son gouvernement corrompu est le reflet de bien des Etats et les personnages blancs font écho aux hommes d’affaires sans vergogne qui pillent les richesses, ou cherchent les faveurs du terrible chef d’Etat.

La musique ressemble à celle du Roi Lion, tous les personnages sont des caricatures et c’est tant mieux. Quand la comédie française s’enferme dans la facilité à coup de suite (Les 3 Frères – le retour) ou recette pépère (Dany Boon et son Supercondriaque), Eboué et Ngijol préfèrent appuyer là où ça fait mal ou faire rire jaune pour capter l’attention. Le dénouement est prévisible, mais les effets comiques fonctionnent et la réflexion sur l’Afrique, son passé colonial comme sa situation actuelle, est abordée sans tabou. Toutefois, pas la peine de chercher de scène de foot ou de regard plus subtil sur les rapports entre Europe et Afrique à travers le ballon rond. Pour ça, il y a Les Rayures du zèbre.

Un zèbre loin des fantasmes de l’Afrique

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Profane du football ou amateur de la discipline ont de quoi aimer cette plongée dans les relations entre Occident et Afrique sur fond de recrutement de joueur. Poelvoorde retrouve son accent belge pour incarner un agent qui connaît la Côte d’Ivoire comme sa poche et s’y sent comme un roi. Il a avoué au Parisien s’être inspiré de Serge Trimpont qui a déniché Aruna Dindane et Cheikh Tioté. « Et pour couper court aux mythes et autres fantasmes, [Serge Trimpont] a accepté de collaborer avec Benoît Mariage pour Les Rayures du Zèbre : ‘Ce film on l’a voulu juste. On souhaitait montrer la vérité, et ne pas revenir avec des clichés, comme c’est souvent le cas dans le football. Ce que je vous dis, les gens ne le savent pas' » lit-on sur le site belge de La Dernière Heure.

L’agent en question se rachète peut-être une conscience en disant cela, mais le film est en tout cas exempt de clichés. Pour peu qu’on connaisse ou pas la Côte d’Ivoire, le pays présenté dans le film n’est pas vendu sur son folklore, les palmiers sont rares et ne sont pas là pour faire rêver. La justesse du jeu des acteurs et la tendresse qu’on éprouve rapidement à l’égard des personnages témoignent de la sincérité de la démarche. L’humour est présent tout au long du film, mais il ne nuit pas à la réalité des situations. Car si le film peut être tendre et drôle, il sait aussi être brutal et cruel. Le foot comme vecteur d’intégration ou de promotion sociale n’est pas démenti, mais son pendant « business » qui flirte avec le néocolonialisme est présenté au spectateur, qui se fera son opinion lui-même.

« Totalement insaisissable en France » ?

Les éloges pleuvent sur Les Rayures du zèbre mais le long métrage ne dépassera pas le million d’entrées, à la différence du Crocodile du Botswanga. La promotion autour du film, portée par un Benoît Poelvoorde très attaché au long métrage et extrêmement convaincant dans son rôle, et les critiques enthousiastes comme celles du Parisien n’auront pas suffi. La comédie dramatique – ou dramedy dans le jargon cinéphile -, du réalisateur des Convoyeurs attendent et Cowboy (deux déjà avec la star belge), est passée inaperçue en France. Le site belge RTBF.be tente d’expliquer le flop du film dans l’Hexagone ainsi : « En France, le rapport historique à l’Afrique est totalement différent, et à l’ère du « politiquement correct » faire rire avec un sujet aussi sensible que l’exploitation de sportifs africains n’est pas forcément bien compris. Benoît Poelvoorde confiait, dans une interview qu’il nous a accordée, s’être fait taxer de racisme par des journalistes qui n’avaient visiblement pas saisi les différents degrés de lecture du film. Bref, il est très probable que ce qui nous fait rire dans Les Rayures est totalement insaisissable pour le spectateur lambda en France. »

Les chiffres ont été effectivement désastreux en France, 332 entrées à Paris pour la première séance parisienne. A titre indicatif, Rien à déclarer avec Boon et Poelvoorde en avait fait 3 273. Après ce démarrage, le film n’a pas réussi à décoller, rangé rapidement dans les oubliettes. « Totalement insaisissable » alors l’humour des Rayures pour le Français ? Pourtant, la France a un rapport intense et houleux avec l’Afrique comme la Belgique, même s’il y a évidemment des nuances et de nombreuses particularités. Il faut prendre en compte les différences entre le marché du cinéma dans l’Hexagone avec celui du Plat pays, ainsi que l’aura de Benoît Poelvoorde, toujours puissante sur ses terres, alors qu’elle pourrait être usée en France par une série d’échecs de films dramatiques avec Monsieur Manatane, comme Une histoire d’amour ou bien Une place sur la terre. Car Les Rayures du zèbre n’est pas une comédie calibrée, mais d’abord une œuvre sensible et audacieuse dans son traitement des relations entre Afrique et Occident.

Gérard Depardieu incarnera Jules Rimet au cinéma : le football est-il bankable ?

L’acteur franco-russe sera Jules Rimet, fondateur de la Coupe du Monde de football et du club du Red Star. Le tournage se tient à Paris en ce moment et la sortie du film est prévue l’été prochain, à l’occasion du Mondial au Brésil. Plusieurs films sur le football sont sortis depuis le début de l’année. Le football est-il bankable ?

Gérard Depardieu / Photo : CC-BY-SA! /Vincent Roche.flickr.cc
Gérard Depardieu / Photo : CC-BY-SA! /Vincent Roche.flickr.cc

Le tournage parisien a débuté samedi 3 août et devrait également avoir lieu au Brésil et en Suisse. Gérard Depardieu retrouve sur le plateau Frédéric Auburtin avec qui il a déjà collaboré à deux reprises pour Un pont entre deux rives (1999) et San Antonio (2004). Alors que le monstre sacré du cinéma français sera prochainement à l’affiche dans la peau de DSK dans un film d’Abel Ferrara, c’est en fondateur de la Coupe du Monde qu’il sera sur nos écrans à l’été 2014. Jules Rimet, personnage important de l’histoire du football, a également fondé le mythique club du Red Star en 1897 (5 fois vainqueurs de la Coupe de France) et été président de la Fédération Française de Football.

Depuis le début de l’année 2013, plusieurs films sont sortis au cinéma mettant en vedette le ballon rond, traité de façon tantôt humoristique mais sérieuse, tantôt dramatique : Je suis supporter du Standard (de Riton Liebman) ou encore Les Petits Princes (avec Eddy Mitchell) ont donné une image différente de ce sport, moins caricaturale ou critique qu’à l’accoutumée, et moins clichée que dans les Seigneurs (d’Olivier Dahan avec Franck Dubosc, José Garcia, Gad Elmaleh sorti en 2012).

En cette année de pré-Coupe du Monde, le football est peut-être devenu un sport bankable. Il est en tout cas un sujet pratique pour traiter de questions de société, d’amour, d’humour avec comme prétexte les passionnés de foot, les supporters, les faits de société (The Van de Stephen Frears en 1996 sur la crise sociale et le chômage en Irlande sur fond de Coupe du Monde 1990) et pourquoi pas avec ce nouveau film de Frédéric Auburtin, l’histoire longue, riche et passionnée de ce sport. Dans l’histoire du 7ème art, nombreux sont les films qui ont traité de ballon rond : peu ont connu le succès et la reconnaissance, si ce n’est Coup de tête (1979) de Jean-Jacques Annaud avec Patrick Dewaere, qui porte un regard cynique et acide sur le monde du football. Les temps changent : Depardieu est un citoyen russe, et le football s’invite de plus en plus au ciné. Vivement l’été 2014.

Foot et ciné : ça tourne !

Le festival de Cannes s’achève demain soir. A l’honneur pendant la Quinzaine, le 7ème Art a bien souvent taquiné le ballon rond et offert des films couronnés de succès. Depuis 1911 et le premier long-métrage consacré au football, ces deux univers qui semblent si différents, n’ont jamais cessé d’écrire une histoire commune. Retour sur les rencontres les plus marquantes.

COUPS DE TETE, réalisé par Jean-Jacques Annaud, sorti en 1979.
François Perrin (Patrick Dewaere) est allier droit dans l’équipe de Trincamp. A la suite d’un différent avec l’attaquant-vedette, il est renvoyé de l’équipe. Comme le président du club est également le patron de l’usine dans laquelle les joueurs travaillent, Perrin perd également son emploi et est accusé d’un viol qu’il n’a pas commis. Mais l’équipe a besoin de lui pour jouer un match de Coupe de France.
Les acteurs sont bons, agaçants, parfois drôles malgré eux. Coup de tête est une satire du monde du football, même celui des campagnes du dimanche matin et de l’usine. Certaines répliques sont restées gravées dans la tête des amateurs de ballon rond. Culte.

http://youtu.be/MM9PRwXpczI

A MORT L’ARBITRE, réalisé par Jean-Pierre Mocky, sorti en 1984.
L’arbitre Maurice Bruno siffle un penalty contre l’équipe locale qui perd le match. Les supporters sombrent dans la folie et traquent l’arbitre et sa compagne. La terreur s’empare alors de la ville.
Un magistral Michel Serrault en chef des supporters devenus fous et un impeccable Eddy Mitchell en arbitre traqué. A mort l’arbitre ne fut pas un succès en salle à sa sortie, mais toucha le public lors de son passage à la télévision. Satire également de la folie qui touche parfois le monde du foot et certains supporters, A mort l’arbitre fait froid dans le dos. Presque aussi culte que Coup de tête.

JOUE-LA COMME BECKHAM, de Gurinder Chadha, sorti en 2002.
Jess, d’origine indienne, vit avec sa famille en Angleterre. Ses parents souhaitent qu’elle termine ses études et se marie dans le respect des traditions indiennes, mais elle rêve de vivre de sa passion – le football – et de jouer comme son idole, David Beckham, contre l’avis de sa famille.
Grand succès en salles, Bend it like Beckham (titre orignal) révéla Keira Knightley, Parminder Nagra et Jonathan Rhys-Meyers. Plus qu’une simple comédie, le film aborde des sujets plus profonds : le poids des traditions, la place des femmes et le pouvoir de la volonté.

LOOKING FOR ERIC, réalisé par Ken Loach, sorti en 2009.
Eric Bishop est postier et vit à Manchester. Un passé douloureux et un présent compliqué rendent sa vie difficile, surtout lorsqu’il se rend compte qu’un des fils de son ex-femme fréquente des gangsters. Parfois, le soir, Eric Cantona, l’idole de Manchester United, apparaît lors de ses hallucinations et lui prodigue des conseils pour reprendre sa vie en main.
En compétition officielle pour le festival de Cannes 2009, Looking for Eric est plus gai que les précédents longs-métrages de Ken Loach. Critique sociale, le film témoigne de ce que le football représente pour la ville de Manchester et pour ses habitants. Eric Cantona interprète son propre rôle justement; lui, l’ancien King d’Old Trafford. Tout un symbole.

Les Coupes du Monde de foot au cinéma

Du petit au grand écran, il n’y a qu’un pas que la Coupe du monde s’est empressée de franchir à plusieurs reprises. De la Corée du Nord à l’Iran, du Tibet à Israël, la célèbre compétition internationale sert de trame pour montrer, dénoncer, expliquer. Quand la Coupe du monde fait son cinéma, ça donne ça :

CUP FINAL (1991), drame israëlien de Eran Riklis.
En pleine guerre du Liban, un soldat israélien est kidnappé par des palestiniens. Unis par l’amour du
football, en particulier de l’équipe d’Italie, ils suivent ensemble la Coupe du monde 1982.
En concours au Festival International du film de Berlin (1992), de Moscou (1991).

THE VAN (1996), comédie dramatique irlandaise de Stephen Frears.
Dans un quartier ouvrier au nord de Dublin, Brendan «Bimbo» Reeves, licencié de la boulangerie dans laquelle il travaille, décide d’acheter un van avec un ami et vendre les traditionnels fishs and chips, sur
fond de Coupe du monde 1990. L’équipe d’Irlande y réalise un parcours surprenant qui booste de façon inanttendue leur petite entreprise…

LA COUPE(1999), comédie australo-indienne de Khyentse Norbu.
Palden et Nyima, deux jeunes adolescents tibétains quittent leur pays et se réfugient au nord de l’Inde
dans un temple bouddhiste. Les deux compères commencent leur apprentissage monastique tandis que
la fièvre gagne le pays devant les exploits de Ronaldo et Zidane lors du Mondial 1998.

LE MATCH DE LEUR VIE (2002), documentaire britannique de Daniel Gordon.
Premier épisode d’une trilogie de documentaires sur la Corée du Nord, ce long-métrage relate le parcours
de l’équipe de Corée du Nord lors de la Coupe du monde de 1966 en Angleterre. Il fut récompensé par le
prix du meilleur documentaire sportif de la télévision britannique.

http://www.youtube.com/watch?v=zShAWruJiGA

LE MIRACLE DE BERNE (Das Wunder von Berne)(2004), drame de Sönke Wortmanns.
Un prisonnier de guerre allemand enfermé pendant 10 ans en Russie retrouve sa famille en 1954, lors de la Coupe du monde en Suisse. Le fils, qui n’a jamais connu son père, se passionne pour le football et la
réussite de l’équipe fédérale allemande qui remporte le trophée. Outre-Rhin, le film rencontre un grand succès en 2004.

HORS JEU (2005), drame iranien de Jafar Panahi.
Une jeune fille iranienne se déguise en garçon pour assister au dernier match des qualifications de l’Iran
pour la Coupe du monde 2006. Mais comme beaucoup de jeunes filles, elle ne peut pénétrer dans
l’enceinte du stade – interdite aux femmes. Le tournage eu lieu lors du vrai match.
Le film a été récompensé par un Ours d’Argent au Festival de Berlin.

LE MATCH DE LEUR VIE (2005), drame de David Anspaugh.
Les Etats-Unis participent à la Coupe de monde en 1950 au Brésil mais ne possèdent pas de sélection officielle. Ils composent alors une équipe de jeunes joueurs sans expérience et amateurs qui crée la
surprise en battant l’Angleterre, nation phare du football mondial.