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La Coupe du monde des clubs : plus de 50 ans d’histoire

Bayern Munich – Raja Casablanca ! Décidément, la Coupe du monde des clubs réserve toujours son lot de surprises : le TP Mazembe finaliste en 2010, Corinthians vainqueur de la dernière édition face au grand Chelsea… Avant d’aborder cette finale pour le moins déséquilibrée, petit retour en arrière sur le parcours tumultueux de cette compétition. Amateurs de sang, vous allez être servis !

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Corinthians, dernier vainqueur de la compétition (Crédits : Wikimedia Commons)

Le football n’échappe pas aux rêves de grandeur de l’être humain et à son besoin irrépressible de se comparer à autrui. La Coupe du Monde a ainsi été créée en 1928 pour consacrer la plus grande nation du ballon rond. En l’espace de quelques éditions, cette compétition est vite devenue l’un des évènements sportifs les plus importants au monde. Alors forcément, les clubs ont vite emboîté le pas d’un tel succès.

Pas de compétition intercontinentale de renom avant 1960

Mais avant même la création d’une compétition officielle, quelques tournois amicaux avaient déjà vu le jour depuis le début du XXe siècle. L’éphémère Trophée Sir Thomas Lipton (deux éditions en 1909 et 1911), qui réunissait des équipes d’Angleterre, de Suisse, d’Italie et d’Allemagne, est considérée comme la toute première coupe du monde des clubs. La Copa Rio ou encore la Pequeña Copa del Mundo (Petite coupe du monde des clubs en espagnol) ont ensuite tenté, tant bien que mal, de s’affirmer sur le plan international mais aucune d’entre elles n’a réellement réussi à s’affirmer aux yeux des supporteurs de football.

La presse elle-même, gagnée par cette frénésie, se prête à ce jeu. Le lendemain de la victoire en match amical des Wolverhampton Wanderers, champion d’Angleterre 1954, face au Budapest Honvéd de Puskás, le Daily Mail proclame modestement l’équipe anglaise « championne du monde des clubs. » Un titre honorifique vivement contesté par Gabriel Hanot, journaliste de l’Equipe, qui en profite pour soumettre une proposition qui va faire date : « L’idée d’un championnat du monde, ou tout au moins d’Europe des clubs […] mériterait d’être lancée. » Quelques mois plus tard, la Coupe des clubs champions européens est créée.

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Le Daily Mail et la modération, une grande histoire d’amour

La Coupe intercontinentale, délaissée par la FIFA

C’est finalement en 1960 qu’aura lieu la première compétition de clubs à une échelle transcontinentale. Née de la volonté d’Henry Delaunay, secrétaire de l’UEFA et déjà l’un des artisans de la Coupe du monde, la Coupe intercontinentale oppose le vainqueur de la Coupe des clubs champions européens au tenant de la Copa Libertadores, pendant sud-américain de la compétition européenne. Constituée de deux matches se déroulant dans les enceintes respectives, la Coupe intercontinentale est départagée, en cas d’égalité, par un dernier match décisif sur terrain neutre.

Premier vainqueur face au Peñarol, le Real Madrid devient très vite la cible de critiques de la part des hautes sphères de la FIFA. En cause, le statut de « champions du monde » que les Madrilènes se sont eux-mêmes attribué. Il n’aurait aucune valeur au titre que cette compétition ne concerne que deux continents et non le monde entier ! Les champions des autres confédérations ne sont en aucun cas représentés dans ce tournoi qui est considéré comme une simple série de matches amicaux par la FIFA. Si la fédération internationale voit cette compétition d’un mauvais œil, c’est surtout pour une autre raison. La même année, la FIFA a donné son aval à la création d’une autre compétition, l’International Soccer League, qui a lieu aux Etats-Unis et qui réunit des clubs d’Asie, d’Europe et d’Amérique. Mal lui en a pris, la Coupe intercontinentale prend vite le pas sur sa consœur en s’inscrivant comme un évènement incontournable dans le paysage footballistique, notamment après le premier sacre retentissant des Os Santásticos de Pelé avec Santos en 1962.

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Pelé, époque sans viagra (Crédits : Wikimedia Commons)

Seringues et sabre, cocktail explosif de la Coupe intercontinentale !

Cette renommée sera de courte durée. La compétition perd quelque peu de sa superbe en 1966, année lors de laquelle la fédération brésilienne interdit à sa sélection nationale et aux clubs de participer aux compétions internationales. Des désaccords avec la CONMEBOL (fédération sud-américaine de football) mais surtout des agressions à répétition de leurs adversaires en Coupe du Monde et en Copa Libertadores ont eu raison de la fédération brésilienne. Une violence également décriée par les Britanniques : le troisième match décisif de la Coupe intercontinentale 1967, qui oppose les Argentins du Racing Club aux Ecossais du Celtic, dégénère en duels accrochés et brutaux. Six joueurs, deux du côté argentin et quatre du côté écossais, se font expulser dont un joueur du Celtic qui profite du pandémonium ambiant pour rester sur la pelouse. Symbole d’un match qui perd les pédales, l’arbitre paraguayen se fourvoie et expulse Bobby Lennox au lieu de son coéquipier John Clark. Alors que l’ailier quitte le terrain, son entraîneur Jock Stein lui intime l’ordre de rester sur la pelouse. Il est finalement contraint d’abandonner ses coéquipiers… conduit par un policier muni d’un sabre ! Les Argentins, vainqueurs 3 buts à 2 de la « Bataille de Montevideo », seront escortés vers leur vestiaire sous les hués des supporteurs locaux.

L’édition 1969 entre le Milan AC et les Argentins d’Estudiantes est tout aussi violente. Le match retour à La Bombonera se transforme rapidement en traquenard pour les Milanais, accueillis comme il se doit par les sud-américains : café bouillant versé sur les joueurs à leur entrée sur la pelouse, agressions de joueurs argentins à coups de… seringues ! Et c’est sans compter sur les multiples duels musclés. L’Argentin Nestor Combin a vécu un véritable cauchemar pendant ce match. Considéré comme un traître par ses compatriotes pour avoir revêtu la tunique de la sélection nationale française et pour jouer dans un club étranger, le buteur du Milan AC est loin de recevoir un traitement de faveur par ses adversaires du jour. Frappé au visage par Poletti, au nez et aux pommettes par Ramon Aguirre Sanchez, Combin est contraint par l’arbitre de revenir sur la pelouse, après seulement quelques minutes de repos sur le bas-côté. A son retour, il s’évanouit en plein match et quitte définitivement les siens sur une civière. Le calvaire ne s’arrête pas là pour Combin. Encore inconscient, il est arrêté par la police pour s’être dérobé au service militaire. Il finira sa nuit en cellule mais sera tout de même vainqueur de la Coupe intercontinentale : le Milan perd 1-2 sur la pelouse argentine mais remporte le trophée à la faveur d’un match aller remporté 2 buts à 0. A la suite de cette prestation consternante, et sur demande expresse du dictateur argentin Juan Carlos Onganía, plusieurs joueurs d’Estudiantes seront suspendus dont Poletti, banni à vie.

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Nestor Combin et le plus beau jour de sa vie (Crédits : Wikimedia Commons)

Pour les clubs européens, cette dernière édition est synonyme de point de non-retour. Plusieurs vainqueurs de la Coupe des clubs champions européens déclinent l’invitation, laissant la participation aux finalistes de la coupe européenne : l’Ajax en 1971, le Bayern en 1974… Elle est même annulée en 1975 après avoir essuyé le refus des deux finalistes de la Coupe des clubs champions européens. Les années passent et la compétition ressemble de plus en plus à une farce sportive. Elle touche le fond en 1979, quand à peine 5 000 supporteurs suédois sont présents dans les travées du Malmö Stadion lors du match aller entre l’Olimpia et Malmö.

Alors que la compétition sombre lentement dans l’anonymat le plus complet, l’UEFA et le CONMEBOL décident de prendre les choses en main et engagent une entreprise de marketing britannique chargée de trouver une solution viable. Toyota, en pleine campagne de sponsorisation de compétions sportives, flaire le bon coup commercial et devient le partenaire privilégié de la Coupe intercontinentale, renommée Toyota Cup à partir de 1980. L’entreprise nipponne impose également de nouvelles règles : les clubs européens sont forcés de participer à cette compétition, sous peine de procès intenté à la fois par la fédération européenne et par le constructeur automobile ; la compétition se déroule lors d’un seul match organisé au Japon. Les dirigeants européens, qui n’ont pas manqué de manifester leur scepticisme à l’égard d’une compétition délocalisée dans un pays « exotique », donnent finalement leur accord après une augmentation substantielle des primes de participation par Toyota.

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La Toyota Cup (Crédits : Wikimedia Commons)

La Coupe du monde des clubs FIFA ? Merci Berlusconi !

Après plusieurs décennies de réprobation, la FIFA s’intéresse à cette compétition aux juteuses opportunités économiques en 1993. C’est un certain Silvio Berlusconi, alors président du Milan AC, qui soumet l’idée d’un championnat du monde des clubs lors d’une réunion du comité exécutif de la FIFA à Las Vegas. La fédération internationale passe de la parole aux actes en 2000 avec la première organisation de la Coupe du monde des clubs au Brésil. Initialement prévue en 1999, cette première édition, qui réunit huit équipes des six confédérations internationales de football, est remportée par les Corinthians de Dida aux tirs au but face au Vasco de Gama. Emballée par l’engouement médiatique et les retombées économiques, la FIFA prévoit une seconde édition l’année suivante en Espagne. Celle-ci sera finalement annulée à quelques mois de son ouverture après la faillite du partenaire marketing International Sport and Leisure. Après une nouvelle tentative d’organisation avortée en 2003, la FIFA et l’UEFA, le CONMEBOL et Toyota s’entendent pour fusionner la Coupe intercontinentale avec la Coupe du monde des clubs à partir de 2005.

 

Composée aujourd’hui des six champions des fédérations continentales et d’un club du pays organisateur, la compétition a toujours été remportée soit par une équipe sud-américaine soit par une équipe européenne. Ce dimanche, une victoire du Raja, galvanisée par son public, serait une première pour le continent africain.