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Les absents et la liste

Laurent Blanc a donné hier la liste des joueurs sélectionnés pour les deux prochains matchs de qualifications à l’Euro 2012. Aucune surprise à l’horizon, quelques mises au point en conférence de presse et des absents de taille.

Les grands absents

Jérémy Toulalan : Il a retrouvé sa place au milieu de terrain à Lyon, pas encore son niveau. Les performances en progression sont moyennes, d’autant qu’il y a des concurrents à son poste. Et si le Mondial 2010 avait eu raison de la carrière internationale de Toulalan ?

Franck Ribéry : Blessé à la cheville droite, éloigné des terrains pour un mois minimum, alors que sa suspension internationale est terminée, Franck Ribéry enchaîne les pépins physiques. L’équipe de France devrait s’en passer pour une grande partie des matchs de qualifications. Un mal pour un bien ?

Hatem Ben Arfa : Un premier match réussi avec Newcastle, un second moins marquant. Si l’ancien marseillais veut retrouver le maillot des Bleus, il va devoir jouer et surtout beaucoup travailler. Il a en tout cas l’affection de Blanc, prêt à l’appeler s’il se montre sérieux et besogneux. Une question de temps ?

André-Pierre Gignac : Début de saison poussif pour l’attaquant marseillais. Il retrouve la forme et la compétition, mais pas le chemin des filets. Parfois trop égoïste, parfois trop imprécis, parfois trop juste techniquement, Gignac n’y est pas. Avec Domenech, c’était acquis, avec Laurent Blanc, il a tout à prouver. En est-il capable ?

Patrice Evra : Capitaine peu exemplaire en Afrique du Sud, il est toujours suspendu, il a fait appel. Mais il ne brille pas pour le moment avec son club, s’est même vu être remplacé par Sir Alex Ferguson lors d’un match de Premier League. Laurent Blanc veut reconstruire, Evra fait-il parti de ses plans ?

Jérémy Ménez : La porte ne lui est pas totalement fermée, malgré sa piètre performance au Stade de France contre la Roumanie. Il faudra accumuler du temps de jeu avec l’AS Rome. Ranieri, son coach, n’y est pas allé de main morte l’an dernier pour mettre le jeune français au travail. S’il s’impose dans son club, il pourrait retrouver le maillot bleu, pour une seconde chance, qui sait ?

La liste

Gardiens de buts : Hugo Lloris (OL), Steve Mandanda (OM), Cédric Carrasso (Girondins de Bordeaux)

Défenseurs : Bakary Sagna (Arsenal, Angleterre), Adil Rami (LOSC), Philippe Mexès (AS Roma, Italie), Mamadou Sakho (PSG), Gaël Clichy (Arsenal, Angleterre), Benoît Trémoulinas (Girondins de Bordeaux)

Milieux de terrain : Abou Diaby (Arsenal, Angleterre), Alou Diarra (Girondins de Bordeaux), Lassana Diarra (Real Madrid, Espagne), Yann Mvila (Rennes), Florent Malouda (Chelsea, Angleterre), Yoann Gourcuff (OL), Mathieu Valbuena (OM), Blaise Matuidi (AS Saint-Etienne), Samir Nasri (Arsenal, Angleterre)

Attaquants : Kevin Gameiro (Lorient), Guillaume Hoarau (PSG), Karim Benzema (Real Madrid, Madrid), Loïc Rémy (OM), Dimitri Payet (AS Saint-Etienne)

Le style Blanc

Pas de langue de bois, pas de tabou, pas de fioriture. Laurent Blanc parle foot et franc. Florilèges de la conférence de presse d’hier…

«Parce qu’on l’aime. Quand vous avez la chance d’avoir des joueurs avec des qualités comme celles de Karim ou celles de Hatem, vous avez envie qu’ils progressent, qu’ils donnent leur maximum ou qu’ils donnent tout leur potentiel sur le terrain. Ce n’est pas le cas. Donc vous avez envie de les aider. A un moment, les aider ce n’est pas toujours leur dire oui ou toujours aller dans leur sens. C’est pour les faire progresser.»

« Hatem a retrouvé un petit peu de temps de jeu dans un club nouveau, pas suffisamment à mon goût, mais ça va venir ».

« Michael Jordan disait que le talent suffit pour gagner un match mais l’état d’esprit est nécessaire pour gagner des trophées. Je trouve que c’est très juste et ça peut s’appliquer au football »

« A lui de confirmer tout le talent qu’il démontre avec son club » (A propos du nouveau venu Dimitri Payet )

« Karim Benzema est le joueur qui est le plus buteur dans ceux qui ont été retenus en attaque. Faisons confiance aux joueurs que j’ai retenu pour marquer. Ils l’ont démontré en club, pas encore en équipe de France. »

« Pour le moment, je ne pense pas à associer un tel et un tel. Je pense plutôt à sélectionner les joueurs qui nous permettront de prendre les six points à domicile. »

« Personne n’est banni de l’équipe de France. A tous les joueurs d’être bons dans leur club, de retrouver une envie et une performance pour revenir. »

« Pour le moment, on essaye de trouver un noyau dur. J’essaie de constituer un groupe mais ça prend du temps. On apprend à se connaitre même si on en est au deuxième rassemblement. »

Les absents ont peut-être tort

Hier, les Bleus ont battu la Bosnie dans un stade peu accueillant de Sarajevo, sur le score de 2 buts à 0. Les quasi-mêmes joueurs timorés de samedi ont livré une belle performance pour leur second match de qualifications, sans Ribéry, Ben Harfa, Gourcuff, Nasri, Toulalan, Evra… Et si la victoire d’hier avait créé une bonne dynamique de groupe, qu’adviendrait-il alors des absents, dont on attendait, impatiemment, le retour avant-hier ?

Dans le secteur défensif, les titulaires d’hier soir n’ont pas trop à s’inquiéter. Certes Laurent Koscielny pourrait prétendre à une place, si sa saison est bonne avec Arsenal, idem pour Sébastien Squillaci. Mais Laurent Blanc semble assez décidé à installer Mexés et Rami en charnière centrale, avec, en suppléant, un jeune Mamadou Sakho que le sélectionneur voit prometteur. Les latéraux – parfois un peu justes – semblent malgré tout donner satisfaction. Le retour de Patrice Evra – suspendu après l’épisode africain – modifiera certainement la donne. Il semble peu probable que l’ancien capitaine des Bleus ne se contente que d’une place sur le banc des remplaçants.

C’est surtout au milieu de terrain et dans le secteur offensif que les joueurs se bousculent. Abondance de bien ne nuit pas. N’empêche : Rémy, Gourcuff, Nasri, Ribéry, Ménez, Valbuena, Malouda, Ben Harfa… Il va falloir faire des choix et surtout réussir à faire jouer correctement tout ce petit monde ensemble. Quelle organisation tactique choisir : garder les trois milieux défensifs d’hier, privilégier – en phase offensive – 4 attaquants dans un bon vieux « 4-4-2 – père de famille » ? Ribéry devra accepter de passer le ballon à Gourcuff si l’ancien entraîneur de Bordeaux décide de laisser les clefs du jeu au breton, comme en Gironde. Rémy, probable futur grand joueur, n’est-il pas encore trop inexpérimenté pour prétendre à une place de titulaire ? Où placer Nasri, certes excellent contre la Norvège, mais prétendant au même poste que Gourcuff et éventuellement Ribéry ?

Depuis le début de « l’ère Blanc », Malouda semble indétrônable sur le côté gauche et les prestations de Valbuena à droite, plaident en faveur du marseillais. Benzema retrouve le chemin des filets et semble faire preuve d’un bon état d’esprit. Les trois milieux défensifs d’hier ont fait le job, plutôt bien même. Alou Diarra s’est imposé comme un capitaine et un milieu indispensables, Diaby et M’Vila ont montré de
bonnes choses. Si le match d’hier ressemble à celui de la France contre la Roumanie en 1995, il ne sera pas simple pour les absents de rejoindre les rangs Tricolores…

Surcotés?

3 mois après le catastrophique Mondial africain, les Bleus repartent en campagne afin de décrocher une qualification pour le championnat d’Europe 2012. Un nouvel entraîneur et une équipe très largement modifiée ne suffisent pas à améliorer de manière significative les prestations sur le terrain, encore moins les résultats. Après la défaite contre la faible Biélorussie, il est peut-être enfin l’heure de se poser une question essentielle : les joueurs français sont-ils surcotés ?

Disons-le tout net : le football français tente de se refaire une image. La FFF n’a pas lésiné sur les moyens : un nouveau sélectionneur qui parle jeu et tactique en conférence de presse, des joueurs sanctionnés pour mauvaise conduite en Afrique du Sud et un licenciement pour faute grave à l’endroit de Raymond Domenech – pourtant si soutenu pendant 6 ans. A Clairefontaine, les Bleus sont plus accessibles et à l’écoute d’anciennes gloires adulées venues leur prodiguer conseils et encouragements. Au Stade de france donc, les supporters étaient au rendez-vous pour soutenir les nouvelles têtes françaises, jeunes ou de retour : Rami, Mexès, M’Vila, Ménez, Rémy ou encore Hoarau…
76 000 personnes pour encourager l’équipe de France. Au lendemain de l’épisode tragico-tragique du «bus de Knysna», peu aurait parié pour un tel accueil. Premier match de qualification, première défaite, contre une faible sélection biélorusse. Il sera compliqué de se qualifier pour l’Euro 2012, une tâche loin d’être aisée pour Laurent Blanc. Sans véritables leaders et avec trop peu d’expérience.

L’INEXPERIENCE

Elle était assez flagrante sur la pelouse du Stade de France. Des joueurs crispés par l’enjeu et qui n’ont pour la plupart jamais fait leur preuve dans des rencontres internationales. Rémy, Ménez, Hoarau, Rami, M’Vila… Excepté Malouda, on est loin des stars titulaires dans les grands clubs européens. Mexés est remplaçant à l’AS Rome, Clichy, Sagna, Diabi font leurs armes dans un club d’Arsenal privé de titres depuis trop longtemps et Benzema – qui fera son retour ce soir contre la Roumanie – est, certes pétri de talent, mais cire le banc du Real de Madrid depuis un an. Samedi dernier, il y eut bien quelques actions, de l’envie et beaucoup de possession de balle : en vain.

BRICOLAGE ET RECONSTRUCTION

Alors, s’opposent deux écoles. La première pleure les absents : Ribéry et Gourcuff – qu’il faudra parvenir à faire jouer ensemble, Nasri et Ben Harfa desquels on a attendu beaucoup depuis plusieurs années. Une séance de bricolage habile mêlant futurs-ex-talents, jeunes joueurs en devenir de ligue 1 et un ou deux noms européens. La seconde école préconise de prendre son temps pour reconstruire, mettre sur place des automatismes. Incontestablement, l’équipe de France a besoin de temps. On enfilait le maillot bleu quand on avait prouvé des choses, comme Kopa, Platini, Zidane. Aujourd’hui, on l’enfile pour prouver son talent. C’est certainement de là que vient l’erreur. Faire l’impasse sur l’Euro 2012 ne serait peut-être pas une si mauvaise idée. Si pour cette fois, le football français pouvait faire preuve d’humilité, comme ça, juste pour voir…