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Moyes chez les Diables !

Terrible mois qu’est celui de mai pour les supporteurs mancuniens. Chaque année, les rumeurs de départ toujours plus inquiétantes les unes des autres gravitaient autour de la personne d’Alex Ferguson. Et chaque année, l’entraîneur écossais tordait le coup à ces bruits de couloir en rempilant pour une saison supplémentaire. Cette fois-ci, c’est la « bonne ». A 71 ans, Sir Alex met définitivement les voiles et laisse place à un autre écossais, David Moyes. La saison prochaine, l’actuel entraîneur d’Everton franchira un palier : il tiendra la barre d’un solide Manchester United tout juste auréolé d’un nouveau titre de champion d’Angleterre. Aura-t-il les épaules pour mener le navire mancunien vers des horizons tout aussi glorieux ?

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Passage de témoin

Le choix des actionnaires (et de Ferguson ?) paraît comme une évidence. David Moyes semble être le successeur idoine de « Fergie » à la tête de Manchester United. Seulement âgé de 50 ans, l’entraîneur d’Everton est considéré comme l’un des meilleurs techniciens outre-manche. Tout a commencé en 1998. Après une carrière de footballeur modeste, il prend les rênes de Preston North End, en cours de saison, alors que le club lutte pour éviter la relégation en Football League Two, quatrième échelon du football anglais. Totalement inexpérimenté dans ce métier, David Moyes parvient tout de même à maintenir le club en League One. Et même mieux. Deux années plus tard, en 1999-2000, il mène le club au titre de champion et accède enfin au Championship, après une montée manquée de peu la saison précédente. Il y crée encore la surprise en se mêlant à la lutte pour l’accession à la Premier League. Moyes et son équipe s’incline finalement en finale des play-offs face à Bolton mais en sort avec les honneurs. C’est d’ailleurs pendant cette aventure avec Preston que Manchester United avait noué les premiers contacts avec Moyes. En effet, en 2000, Alex Ferguson, impressionné par la montée surprise de Preston North End en Championship, avait déjà songé à David Moyes comme… adjoint !

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Champion de League Two en 1999-2000

C’est en mars 2002 que l’Ecossais accède enfin à la Premier League. Il remplace son compatriote Walter Smith sur le banc d’Everton FC, attiré aussi bien par une opportunité en or que par la proximité qu’entretient le club avec ses supporteurs. Engagé dans un club qui se morfond, au mieux, dans le ventre mou de la Premier League, Moyes fait, au fil des saisons, d’Everton une équipe se bagarrant avec Liverpool, son meilleur « ennemi », ou encore Arsenal pour les places européennes.

Elu meilleur manager de la Premier League en 2003, 2005 et 2009, David Moyes a montré toute l’étendue de son talent du côté de la Mersey. Tout au long de ses années, il a su procurer un jeu rutilant et offensif, au plus grand bonheur des Toffees. Ses mots d’ordre : replacement et surnombre. Alors que les supporters d’Everton étaient accoutumés à l’atavique kick and rush, Moyes révolutionne Goodison Park à coups d’attaques placés et de remontées fulgurantes. Jadis ignoré, Everton devient l’une des équipes anglaises les plus séduisantes footballistiquement parlant.

Sur le papier, l’équipe ne paye pourtant pas de mine. Qui aurait misé sur une équipe composée de Coleman ou encore Osman ? Moyes a réussi à tirer toute la quintessence d’un collectif moyen agrémenté de quelques joueurs de talents.

Car oui, le recrutement est l’une des autres cordes à son arc. A la tête d’un club au budget plutôt limité (pour la Premier League), le manager écossais a fait preuve d’audace et de malice pour recruter des joueurs talentueux, souvent à des prix défiant toute concurrence. C’est à lui que l’on doit par exemple la venue des Baines, Distin, Arteta, Fellaini ou encore Pienaar à Everton. Moyes se manque très rarement sur le marché des transferts.

Marouane Fellaini, milieu phare d’Everton, acheté 20 millions d’euros en 2008. Touffe incluse.

Tout ceci semble bien beau, trop beau même : Moyes n’a jamais remporté de trophées de sa carrière. Hormis le « titre » de champion de troisième division avec Preston, Moyes possède un palmarès vierge de tout succès. Même avec Everton, David Moyes n’a jamais réussi à inscrire le nom de son club sur un trophée. Ses seuls exploits se résument à une qualification au tour préliminaire de la Ligue des Champions en 2005 et à une finale de FA Cup perdue face à Chelsea en 2009. Maigre bilan pour le futur entraîneur d’une équipe qui ne connait que trop peu le mot « échec ».

Autre écueil, il devra gérer le départ de certains cadres des Red Devils, notamment celui de Wayne Rooney. Idole du club mancunien, celui qui a été lancé dans le grand bain par un certain… David Moyes à Everton envisage un départ à la fin de la saison. Par ailleurs, l’arrivée de Moyes risque de ne pas arranger les choses étant donné que les deux hommes sont en froid depuis la publication d’une autobiographie de l’attaquant anglais dans laquelle il fustige l’entraîneur écossais sur les conditions de son départ à Manchester United en 2004.

Le choix de David Moyes tombe sous le sens. Il est dans la droite lignée de Sir Alex avec lequel il partage de nombreuses similitudes : la même nationalité, une carrière de joueur modeste, la même opinion politique (le Parti travailliste en l’occurrence), l’état d’esprit véhiculé sur la pelouse… Les affinités sont légions. Les plus frileux et sceptiques, qui auraient peut-être préféré quelqu’un comme José Mourinho, ne se garderont pas de pointer du doigt le palmarès étique du jeune technicien écossais. There’s a first time for everything comme on dit…