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La Coupe du monde des clubs : plus de 50 ans d’histoire

Bayern Munich – Raja Casablanca ! Décidément, la Coupe du monde des clubs réserve toujours son lot de surprises : le TP Mazembe finaliste en 2010, Corinthians vainqueur de la dernière édition face au grand Chelsea… Avant d’aborder cette finale pour le moins déséquilibrée, petit retour en arrière sur le parcours tumultueux de cette compétition. Amateurs de sang, vous allez être servis !

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Corinthians, dernier vainqueur de la compétition (Crédits : Wikimedia Commons)

Le football n’échappe pas aux rêves de grandeur de l’être humain et à son besoin irrépressible de se comparer à autrui. La Coupe du Monde a ainsi été créée en 1928 pour consacrer la plus grande nation du ballon rond. En l’espace de quelques éditions, cette compétition est vite devenue l’un des évènements sportifs les plus importants au monde. Alors forcément, les clubs ont vite emboîté le pas d’un tel succès.

Pas de compétition intercontinentale de renom avant 1960

Mais avant même la création d’une compétition officielle, quelques tournois amicaux avaient déjà vu le jour depuis le début du XXe siècle. L’éphémère Trophée Sir Thomas Lipton (deux éditions en 1909 et 1911), qui réunissait des équipes d’Angleterre, de Suisse, d’Italie et d’Allemagne, est considérée comme la toute première coupe du monde des clubs. La Copa Rio ou encore la Pequeña Copa del Mundo (Petite coupe du monde des clubs en espagnol) ont ensuite tenté, tant bien que mal, de s’affirmer sur le plan international mais aucune d’entre elles n’a réellement réussi à s’affirmer aux yeux des supporteurs de football.

La presse elle-même, gagnée par cette frénésie, se prête à ce jeu. Le lendemain de la victoire en match amical des Wolverhampton Wanderers, champion d’Angleterre 1954, face au Budapest Honvéd de Puskás, le Daily Mail proclame modestement l’équipe anglaise « championne du monde des clubs. » Un titre honorifique vivement contesté par Gabriel Hanot, journaliste de l’Equipe, qui en profite pour soumettre une proposition qui va faire date : « L’idée d’un championnat du monde, ou tout au moins d’Europe des clubs […] mériterait d’être lancée. » Quelques mois plus tard, la Coupe des clubs champions européens est créée.

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Le Daily Mail et la modération, une grande histoire d’amour

La Coupe intercontinentale, délaissée par la FIFA

C’est finalement en 1960 qu’aura lieu la première compétition de clubs à une échelle transcontinentale. Née de la volonté d’Henry Delaunay, secrétaire de l’UEFA et déjà l’un des artisans de la Coupe du monde, la Coupe intercontinentale oppose le vainqueur de la Coupe des clubs champions européens au tenant de la Copa Libertadores, pendant sud-américain de la compétition européenne. Constituée de deux matches se déroulant dans les enceintes respectives, la Coupe intercontinentale est départagée, en cas d’égalité, par un dernier match décisif sur terrain neutre.

Premier vainqueur face au Peñarol, le Real Madrid devient très vite la cible de critiques de la part des hautes sphères de la FIFA. En cause, le statut de « champions du monde » que les Madrilènes se sont eux-mêmes attribué. Il n’aurait aucune valeur au titre que cette compétition ne concerne que deux continents et non le monde entier ! Les champions des autres confédérations ne sont en aucun cas représentés dans ce tournoi qui est considéré comme une simple série de matches amicaux par la FIFA. Si la fédération internationale voit cette compétition d’un mauvais œil, c’est surtout pour une autre raison. La même année, la FIFA a donné son aval à la création d’une autre compétition, l’International Soccer League, qui a lieu aux Etats-Unis et qui réunit des clubs d’Asie, d’Europe et d’Amérique. Mal lui en a pris, la Coupe intercontinentale prend vite le pas sur sa consœur en s’inscrivant comme un évènement incontournable dans le paysage footballistique, notamment après le premier sacre retentissant des Os Santásticos de Pelé avec Santos en 1962.

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Pelé, époque sans viagra (Crédits : Wikimedia Commons)

Seringues et sabre, cocktail explosif de la Coupe intercontinentale !

Cette renommée sera de courte durée. La compétition perd quelque peu de sa superbe en 1966, année lors de laquelle la fédération brésilienne interdit à sa sélection nationale et aux clubs de participer aux compétions internationales. Des désaccords avec la CONMEBOL (fédération sud-américaine de football) mais surtout des agressions à répétition de leurs adversaires en Coupe du Monde et en Copa Libertadores ont eu raison de la fédération brésilienne. Une violence également décriée par les Britanniques : le troisième match décisif de la Coupe intercontinentale 1967, qui oppose les Argentins du Racing Club aux Ecossais du Celtic, dégénère en duels accrochés et brutaux. Six joueurs, deux du côté argentin et quatre du côté écossais, se font expulser dont un joueur du Celtic qui profite du pandémonium ambiant pour rester sur la pelouse. Symbole d’un match qui perd les pédales, l’arbitre paraguayen se fourvoie et expulse Bobby Lennox au lieu de son coéquipier John Clark. Alors que l’ailier quitte le terrain, son entraîneur Jock Stein lui intime l’ordre de rester sur la pelouse. Il est finalement contraint d’abandonner ses coéquipiers… conduit par un policier muni d’un sabre ! Les Argentins, vainqueurs 3 buts à 2 de la « Bataille de Montevideo », seront escortés vers leur vestiaire sous les hués des supporteurs locaux.

L’édition 1969 entre le Milan AC et les Argentins d’Estudiantes est tout aussi violente. Le match retour à La Bombonera se transforme rapidement en traquenard pour les Milanais, accueillis comme il se doit par les sud-américains : café bouillant versé sur les joueurs à leur entrée sur la pelouse, agressions de joueurs argentins à coups de… seringues ! Et c’est sans compter sur les multiples duels musclés. L’Argentin Nestor Combin a vécu un véritable cauchemar pendant ce match. Considéré comme un traître par ses compatriotes pour avoir revêtu la tunique de la sélection nationale française et pour jouer dans un club étranger, le buteur du Milan AC est loin de recevoir un traitement de faveur par ses adversaires du jour. Frappé au visage par Poletti, au nez et aux pommettes par Ramon Aguirre Sanchez, Combin est contraint par l’arbitre de revenir sur la pelouse, après seulement quelques minutes de repos sur le bas-côté. A son retour, il s’évanouit en plein match et quitte définitivement les siens sur une civière. Le calvaire ne s’arrête pas là pour Combin. Encore inconscient, il est arrêté par la police pour s’être dérobé au service militaire. Il finira sa nuit en cellule mais sera tout de même vainqueur de la Coupe intercontinentale : le Milan perd 1-2 sur la pelouse argentine mais remporte le trophée à la faveur d’un match aller remporté 2 buts à 0. A la suite de cette prestation consternante, et sur demande expresse du dictateur argentin Juan Carlos Onganía, plusieurs joueurs d’Estudiantes seront suspendus dont Poletti, banni à vie.

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Nestor Combin et le plus beau jour de sa vie (Crédits : Wikimedia Commons)

Pour les clubs européens, cette dernière édition est synonyme de point de non-retour. Plusieurs vainqueurs de la Coupe des clubs champions européens déclinent l’invitation, laissant la participation aux finalistes de la coupe européenne : l’Ajax en 1971, le Bayern en 1974… Elle est même annulée en 1975 après avoir essuyé le refus des deux finalistes de la Coupe des clubs champions européens. Les années passent et la compétition ressemble de plus en plus à une farce sportive. Elle touche le fond en 1979, quand à peine 5 000 supporteurs suédois sont présents dans les travées du Malmö Stadion lors du match aller entre l’Olimpia et Malmö.

Alors que la compétition sombre lentement dans l’anonymat le plus complet, l’UEFA et le CONMEBOL décident de prendre les choses en main et engagent une entreprise de marketing britannique chargée de trouver une solution viable. Toyota, en pleine campagne de sponsorisation de compétions sportives, flaire le bon coup commercial et devient le partenaire privilégié de la Coupe intercontinentale, renommée Toyota Cup à partir de 1980. L’entreprise nipponne impose également de nouvelles règles : les clubs européens sont forcés de participer à cette compétition, sous peine de procès intenté à la fois par la fédération européenne et par le constructeur automobile ; la compétition se déroule lors d’un seul match organisé au Japon. Les dirigeants européens, qui n’ont pas manqué de manifester leur scepticisme à l’égard d’une compétition délocalisée dans un pays « exotique », donnent finalement leur accord après une augmentation substantielle des primes de participation par Toyota.

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La Toyota Cup (Crédits : Wikimedia Commons)

La Coupe du monde des clubs FIFA ? Merci Berlusconi !

Après plusieurs décennies de réprobation, la FIFA s’intéresse à cette compétition aux juteuses opportunités économiques en 1993. C’est un certain Silvio Berlusconi, alors président du Milan AC, qui soumet l’idée d’un championnat du monde des clubs lors d’une réunion du comité exécutif de la FIFA à Las Vegas. La fédération internationale passe de la parole aux actes en 2000 avec la première organisation de la Coupe du monde des clubs au Brésil. Initialement prévue en 1999, cette première édition, qui réunit huit équipes des six confédérations internationales de football, est remportée par les Corinthians de Dida aux tirs au but face au Vasco de Gama. Emballée par l’engouement médiatique et les retombées économiques, la FIFA prévoit une seconde édition l’année suivante en Espagne. Celle-ci sera finalement annulée à quelques mois de son ouverture après la faillite du partenaire marketing International Sport and Leisure. Après une nouvelle tentative d’organisation avortée en 2003, la FIFA et l’UEFA, le CONMEBOL et Toyota s’entendent pour fusionner la Coupe intercontinentale avec la Coupe du monde des clubs à partir de 2005.

 

Composée aujourd’hui des six champions des fédérations continentales et d’un club du pays organisateur, la compétition a toujours été remportée soit par une équipe sud-américaine soit par une équipe européenne. Ce dimanche, une victoire du Raja, galvanisée par son public, serait une première pour le continent africain.

Russie : la FIFA demande des comptes sur la loi anti-gay

Alors que la Russie accueillera la Coupe du Monde 2018, la FIFA, organisme organisateur du Mondial, a annoncé que le pays devrait s’expliquer sur la loi promulguée le 11 juin dernier. Un texte qui a soulevé depuis son vote un tollé dans certains pays, à l’heure où la Russie accueille en ce moment même les Mondiaux d’athlétisme.

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Supporter russe en Autriche à Vienne en 2008. Photo : asiatique.flickr.cc

L’organisateur du Mondial 2018 demande des comptes à la Russie. Promulguée par le président Vladimir Poutine, la loi au cœur de la polémique vise à interdire la « propagande » homosexuelle devant les mineurs. Comprendre : il est interdit d’avoir un comportement homosexuel, de parler d’homosexualité, ou de défendre les droits LGBT devant un mineur. La FIFA a fait part de son besoin de clarifier les termes exacts de cette loi, rappelant que ses positions «prévoient une tolérance zéro contre la discrimination fondée, entre autres, sur l’orientation sexuelle».

La loi a provoqué un tollé dans des nombreux pays ainsi que dans les associations de défense des droits de l’homme. Prévoyant également de remplacer le mot homosexualité par le terme relations sexuelles non traditionnelles, il s’agit – sous couvert de questions sémantiques – de réintroduire la censure dans les médias sur les questions LGBT, dans un pays qui réprime violemment les gay pride et manifestations de lutte contre les violences homophobes depuis des années. Une vague de protestations, de pétitions, de manifestations s’est alors développée dans plusieurs pays démocratiques : manifestations devant l’ambassade russe à Londres et Tel-Aviv, déploiement des couleurs du rainbow flag dans les rues à Stockholm sur le chemin vers l’ambassade russe ou encore boycott de la vodka russe dans les bars homosexuels de Seattle, New York ou Montréal.

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Une des 3 mascottes des JO 2014 à Sotchi. Photo : maiak.info.flickr.cc

Après la question du boycott des JO d’été de Pékin en 2008, voilà posée celle des JO d’hiver de Sotchi qui débutent dans 6 mois. Ira-t-on ? N’ira-t-on pas ? Quid des athlètes et des supporters homosexuels qui se rendront sur place ? Lundi 12 août 2013, un communiqué du ministère de l’Intérieur russe a affirmé que les lois seront appliquées lors des JO, mais que les athlètes homosexuels pourront participer aux épreuves, s’ils restent discrets. Faut-il s’attendre à des arrestations d’athlètes décidés à parler ? Les entreprises sponsors des Jeux mais néanmoins gay friendly comme Coca Cola vont-elles se désengager ?

Les Mondiaux d’athlétisme, qui se déroulent en ce moment même à Moscou n’ont pas suscité de mouvement de boycotts ni de protestations de la part des athlètes. Seul l’américain Symmonds, vice-champion du Monde sur 800 mètres a pris la parole et s’est exprimé sur le sujet, soutenant les mouvements LGBT. Un geste symbolique… et isolé. L’attitude pendant les JO à venir en dira long sur celle pendant le Mondial 2018. En attendant le début des épreuves, la FIFA attend des réponses du gouvernement russe.

La Fifa et le peuple brésilien : les raisons du divorce

Les manifestations de juin dernier au Brésil ont pointé du doigt le coût de l’organisation de la Coupe du Monde 2014. Au premier rang des accusés : la Fifa, l’organisation privée chargée de réguler le football mondial. Entre exigences et moyens de pression : pourquoi le torchon brûle entre la Fifa et le Brésil.

Des manifestants sont descendus dans les rues des grandes villes du Brésil. Ici, à Rio, le 20 juin 2013.  Photo : SemillaLuz.flickr.cc
Des manifestants sont descendus dans les rues des grandes villes du Brésil. Ici, à Rio, le 20 juin 2013.
Photo : SemillaLuz.flickr.cc

Un coût élevé qui ne passe pas, même pour une population qui considère le ballon rond comme une religion : le Brésil s’est enflammé le 18 juin dernier, pour protester contre l’augmentation du prix des tickets des transports publics de Sao Paulo, alors que dans le même temps s’ouvrait la Coupe de Confédérations, sorte de répétition générale du Mondial 2014. Les manifestants dénonçaient le coût de la Coupe du Monde jugé exorbitant : 459 millions d’euros (chiffre de 2011). En cause : les exigences draconiennes de la Fifa, notamment sur la capacité des stades. A Sao Paulo, un nouveau stade est en construction. L’original comptait 48 000 places, la FIFA en exige 17 000 de plus. Des dépenses supplémentaires à faire supporter à la ville, l’état ou même l’entreprise de construction et donc à la population. Le mythique stade du Maracaña à Rio, théâtre de la première finale de l’histoire de la Coupe du Monde en 1950 et de la victoire de l’Uruguay contre le Brésil, est en travaux pour améliorer les conditions de sécurité : il perd 17 000 places, mais gagne des loges afin accueillir les sponsors, les officiels, les invités pendant le Mondial… au détriment des supporters. Et nombreux sont les changements apportés au paysage urbain autour du stade : une favela rasée, des immeubles menacés. Pour les besoins de la Fifa et des sponsors. Au détriment des populations déplacées.

En Afrique du Sud, les « éléphants blancs » ne sont jamais remplis

La Fifa impose ses règles concernant les infrastructures des pays qui accueillent le Mondial. Comme en Afrique du Sud, dans certaines villes, les stades flambants neufs dont la construction ou la rénovation aura engendré des sommes importantes ne seront pas remplis après la compétition et ne serviront qu’en toute petite partie seulement à la population. L’Afrique du Sud a dépensé 1,2 milliards d’euros pour construire et rénover ses stades. La Fifa avait demandé deux stades de 70 000 places et un de 94 000.  Aujourd’hui, ces « éléphants blancs » ne sont jamais remplis. Souvent vides même. Les craintes de voir la même chose se produire au Brésil sont grandes : Manaus aura son stade de 44 000 places pour accueillir 4 matchs du Mondial 2014. Ensuite ? Ce sera du ressort des équipes locales de remplir cet « éléphant blanc » brésilien. Autant dire : mission impossible pour cette ville amazonienne du nord-ouest du pays.

Photo : Deputado Estudal Marcelo Freixo PSOL-RJ.flickr.cc
Photo : Deputado Estudal Marcelo Freixo PSOL-RJ.flickr.cc

Organisation à but non lucrative, la Fifa est pourtant très lucrative

L’ingérence dans la politique des pays est également un grief retenu contre cette organisation mondiale privée chargée de réguler le football et d’organiser les compétitions mondiales. Elle fait fi des lois du pays pour imposer ses règles afin de choyer ses sponsors officiels. Pas de cadeau en 2010 en Afrique du Sud lorsque des hollandaises ont tenté de faire la publicité d’une autre marque de bière que celle du sponsor officiel dans l’enceinte du stade. Au Brésil, il est interdit de boire de l’alcool dans l’enceinte des stades. Qu’importe : la Fifa a triomphé de la loi, lorsque le parlement brésilien a adopté en mars 2012 le projet d’organisation de la Coupe du Monde et a autorisé la vente de bière dans les stades. Le pays hôte suspend sa loi, le temps de la compétition et les supporters pourront siroter leur bière Budweiser assis dans les stades de football.

C’est également la Fifa qui décide du prix des places, des commerces aux alentours des stades et qui achète de nombreux termes, inutilisables ensuite sous peine de condamnation. Une certaine arrogance  a également mis le feu aux poudres au Brésil. Jérôme Valcke, bras droit de Joseph Blatter, invite au début de l’année 2012, le Brésil « à se mettre un coup du pied aux fesses » concernant les travaux des infrastructures destinées à accueillir le Mondial 2014. Un tollé pour la presse et les hommes politiques brésiliens. Il aura fallu une lettre d’excuse du secrétaire général de la Fifa et une rencontre entre Dilma Rousseff – la présidente du Brésil – et Joseph Blatter – le président de la Fifa – pour apaiser les tensions.

Organisation à but non lucrative, la Fifa est pourtant très lucrative. Tandis que les pertes de l’Afrique du Sud, à l’issue du Mondial 2010, ont été importantes (2,1 milliards d’euros), les gains pour la Fifa ont été à la hauteur. Sa santé financière est au top (elle annonce 89 millions d’euros de bénéfices en 2012 et un fond de réserve de 1,378 milliards de dollars). L’organisation basée en Suisse n’est pas comme le Brésil : elle ne connaît pas la crise.

Cyclisme et football : même braquet ?

Pas de Coupe du Monde ni de Coupe d’Europe à se mettre sous la dent cet été. Pour éviter de tomber dans l’ennui, le Tour de France et ses cols hors catégorie prennent le relais pour égayer nos journées moroses. L’occasion pour Coups de Tête d’analyser les liens qu’entretiennent entre eux cyclisme et football, deux sports aux antipodes l’un de l’autre. Là où le footballeur évolue dans un stade, le cycliste accumule des kilomètres et des kilomètres entre routes vallonnées, rues pavées et rase campagne. Là où le footballeur joue avec un ballon, le coureur pédale sur un deux-roues. Les dissemblances sont légion. Et pourtant, des parallèles peuvent être tracés entre ces deux sports.

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Valbuena en aurait commandé un aux couleurs de l’OM… (Crédits : Flickr – Cory Doctorow)

Une culture française de la « lose »

Deux des sports les plus populaires en France : le cyclisme et le football font partie du patrimoine sportif tricolore depuis plusieurs décennies maintenant. Le Tour de France comme la Coupe du Monde, à l’image de Roland Garros pour le tennis, sont des événements toujours attendus par des millions de spectateurs qui se délectent à l’idée de voir de nouvelles légendes s’écrire.

Car oui, ces sports sont des fabriques de légendes. Saint-Étienne finaliste malheureux de la C1 en 1976 et l’« éternel second » Raymond Poulidor hier, l’attentat sur Battiston en 1982 et Thomas Voeckler plus récemment, la France du cyclisme et du football s’est avant tout toujours passionnée pour ces « losers », pour ces histoires qui ont profondément marqué la mémoire collective du sport dans le pays. Une culture du petit et de la « lose » qui est définitivement propre à la France : on pourrait également citer le culte du « Petit Poucet » en Coupe de France, autre « belle histoire française ».

 

Une dramatisation du sport qui privilégie ainsi plus ces légendes faites de pleurs et de déceptions que ces belles épopées victorieuses, trop souvent taxées d’arrogance et de condescendance. Jacques Anquetil, malgré ses 8 victoires sur le Tour de France, a été jugé pendant toute sa carrière comme trop riche par rapport à l’humble Poulidor ; la récente victoire du PSG en Ligue 1 n’a pas manqué d’attirer les plus aigres critiques gratuites et vides de sens. Sans parler des multiples titres de champion de France glanés par l’Olympique Lyonnais dans les années 2000…

Cyclisme et football, fabriques de légendes… individuelles ?

L’individualisme, le chacun pour soi, l’effritement de la solidarité collective, la recherche du bonheur personnel… Des maux tant décriés dans notre société actuelle qui n’épargnent pas le cyclisme et le football.

Le cyclisme est un sport individualiste par nature : le coureur est livré à lui-même, seul face à son guidon. Mais on oublie trop souvent que cette pratique au niveau professionnel implique toute une mise en place tactique, un travail d’équipe, au préalable et pendant les courses. Nombre de coureurs de talent sont ainsi souvent relégués à un simple rôle de « lieutenant », chargés d’amener le leader de leur équipe vers la victoire finale : George Hincapie pour Lance Armstrong ou encore Christopher Froome pour Bradley Wiggins l’an passé, tous ces sportifs ont été contraints de ronger leur frein devant la suprématie d’une seule et même personne qui ne le leur rendait pas forcément en retour. Armstrong et son entourage ont par exemple pris un soin minutieux à faire régner la loi du silence au sein du milieu cycliste entre menaces et dissimulations.

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Armstrong, « amis » d’époque (Crédits : Flickr – Grayskullduggery)

Le football moderne quant à lui distingue de plus en plus le joueur de son collectif. Que ce soit à travers les notes de joueurs, les analyses d’après-match, les divers classements (meilleur buteur, meilleur passeur, etc.) ou les nombreuses récompenses individuelles (Ballon d’Or, meilleur jeune de Ligue 1, etc.), le football est devenu un sport collectif au service de l’individu et non plus le contraire. De nombreux footballeurs cherchent avant tout à entrer dans la postérité par le biais de leur carrière personnelle plutôt que grâce à un collectif bien huilé : on choisit ses matches, on essaie de gonfler ses statistiques à quelques semaines du mercato… L’objectif n’est plus de remporter la Coupe du Monde mais de « gagner le Ballon d’or » dixit Paul Pogba.

Dopage : deux poids, deux mesures ?

« Les cyclistes, tous des dopés ». Un constat souvent entendu ces dernières années. Il n’y a plus une nouvelle édition du Tour de France sans son sempiternel scandale de dopage. Virenque, Armstrong, Ullrich, tous les grands champions qui ont écrit les plus belles pages du Tour de France de ces dernières années sont tombés les uns après les autres. Mais quid du football dans l’histoire ?

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Et la Coupe du Doping de football ? (Crédits : Wikimedia Commons – Taxiarchos228)

En matière de dopage, il semble bien qu’il y ait deux poids, deux mesures entre cyclisme et football. Alors que de nombreux coureurs ont été cités lors du procès de l’affaire Puerto, de Contador à Basso en passant par Fränk Schleck, aucun footballeur n’a été remis en cause pendant l’enquête. Fort étonnant au regard du témoignage de Jesus Manzano, l’ancien cycliste espagnol à l’origine du scandale, qui avait pourtant affirmé en 2006 avoir rencontré des joueur célèbres de la Liga dans les bureaux du Dr. Fuentes… Pire, fin avril dernier, la juge du procès a ordonné la destruction des poches de sang qui auraient pu permettre d’identifier des clients d’autres sports.

Le football, un sport protégé par rapport au cyclisme ? Lance Armstrong, dans un entretien accordé au Monde du 28 juin dernier, semble abonder dans ce sens : « Je suis sûr que certains grands clubs de football ont eu de l’influence sur ce jugement. En tout cas, c’est encore le cyclisme qui a été tenu pour le seul responsable ».

Le nœud du problème est bien là. Comment expliquer une telle différence de traitement entre ces deux sports ? Ce contraste pourrait bien s’expliquer par un football aux enjeux économiques et médiatiques bien plus importants que ceux du cyclisme. Le football, à travers la Ligue des Champions, l’Euro ou encore la Coupe du Monde, génère bien plus d’argent que le Tour de France, seule figure de proue du cyclisme professionnel. Les protestations au Brésil de ces derniers jours contre les dépenses pharaoniques en vue de l’organisation de la Coupe du Monde 2014 le prouvent bien : les enjeux qui gravitent autour du football dépassent le simple cadre sportif.

 

Très dur, dès lors, de démontrer l’existence d’un réseau de dopage organisé au sein du football. Les plus grandes institutions de ce sport, que ce soit les clubs ou la FIFA, veillent au grain. En 2006, Le Monde affirmait « avoir eu accès à une série de documents confidentiels » du Docteur Fuentes détaillant des programmes de préparation pour quatre clubs de la Liga, dont le FC Barcelone et le Real Madrid. Résultat : la Cour suprême espagnole a condamné en 2011, après appel, le quotidien à une amende de 15 000 euros ainsi qu’à une rectification de l’article sur son site internet pour diffamation et atteinte au droit à l’honneur du FC Barcelone. La loi du plus fort ?

Ces deux sports, malmenés par l’individualisme et le dopage, souffrent ainsi d’un déficit de popularité. Sans oublier les divers scandales qui éclatent autour des Bleus ou encore des « sportifs trop payés » entendus à longueur de journées. L’heure est aujourd’hui à la campagne de séduction. Mais là encore, le charme n’opère pas. Le Docteur Fuentes, condamné à un an de prison ferme en avril dernier, est déjà un homme libre puisque les peines inférieures à deux ans de prison ne débouchent pas en Espagne sur un enfermement carcéral… Et que dire du récent transfert de Payet à Marseille, alors qu’il se déclarait pourtant supporteur du PSG il y a quelques années ? Que ce soit dans le football ou dans le cyclisme, il y a encore du boulot !

Die Deutsche Revolution?


Le Mondial 2022 attribué au Qatar : cette désignation, tant décriée, pourrait bien faire le bonheur de certains… Avec l’idée, avancée par le président de la Fifa Sepp Blatter ou encore Beckenbauer, de disputer cette compétition en janvier, Rudi Völler n’hésite pas à sauter sur cette opportunité en or, en émettant la possibilité d’une refonte complète du calendrier de la Bundesliga, et des autres championnats européens.

Le secrétaire général de la fédération allemande, Holger Hieronymus, qualifie de « révolution » la dernière déclaration de l’ancien attaquant de Marseille : ce dernier propose tout simplement de jouer « de février à fin novembre ». Il critique notamment le calendrier actuel, et les conditions climatiques qui vont avec : « Sur les 34 journées d’une saison actuelle, tu te « gèles » lors de 20 journées» affirme t-il dans le quotidien allemand Bild. Néanmoins, il tempère ses propos en ajoutant qu’une « telle réforme ne peut être décidée que par l’Allemagne seul ».

Au premier abord, l’idée de l’actuel directeur sportif du Bayer Leverkusen a l’air plutôt séduisante. Cela éviterait par exemple de se les « geler », car, qu’on se le dise, il n’est jamais agréable de suivre un match dans le Stadium Nord Lille Métropole, en plein décembre, entre une température en deçà de 0 degré et des rafales de vent. Et encore, il vaut mieux croiser les doigts pour que la neige ne soit pas de la partie, et fasse reporter le match. Avec des saisons de plus en plus chargées, les imprévus de ce type sont de plus en plus compliqués à gérer aussi bien par les équipes, que par la ligue. Bien sûr, certains diront que des pelouses chauffées ou synthétiques, et que des tribunes chauffées régleraient le problème… Oui, à quelle prix, dans une société soucieuse du développement durable ? Bien entendu, comme le soulignait René Girard l’été dernier, il sera nécessaire de disputer ces rencontres en soirée, et non en pleine journée, pour éviter d’épuiser les organismes des joueurs et des supporters.

Une situation bientôt révolue ?

Comme lors de toute révolution, des voix discordantes vont s’élever. Et pas n’importe quelle voix… Alors que le football est devenu un business, les championnats européens doivent leur salut qu’à un seul « sauveur » : les groupes télévisuels, qui payent des sommes astronomiques, aux clubs, pour posséder les droits de diffusions des rencontres. Or, il est de fait que, pendant l’été, les européens délaissent leurs petits postes de télévision pour rejoindre les plages bondées, les campings et les barbecues. Le Groupe Canal ne voudra en aucun cas verser des sommes équivalentes à celle versées pour nos calendriers actuels. Et que dire des entrainements effectués sous des températures tropicales, avoisinant les 40 degrés ? L’intégrité physique des joueurs serait sans doute en danger, les séances devront donc être exclusivement effectuées le matin. Un bouleversement qui devrait faire grincer les dents de plus d’un préparateur sportif.

Alors qu’il faut s’attendre à des hivers de plus en plus rudes au fil des années, dûs au réchauffement climatique, il semble nécessaire d’entamer un changement. Un nouveau système de calendrier apparaît comme solution raisonnable. Il ne reste plus qu’à espérer que la proposition de Rudi Völler ne restera pas lettre morte…