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Mercato d’hiver, mode d’emploi

Le foie gras à peine digéré, le champagne tout juste épongé, à partir du 1er janvier, les supporteurs de football se sont attaqués à un nouveau plat de résistance. Pendant un mois, les rumeurs de transferts les plus folles agitent les méninges de footeux qui se rêvent un avenir radieux dans leurs clubs fétiches. Le mercato hivernal, générateur de fantasmes, est cependant bien différent de son équivalent estival.

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(Crédits : Flickr – Images_of_Money – CC)

Un mercato à prendre avec des pincettes

Alors que l’été est une période propice à une revue d’effectif, la donne est bien différente en hiver. Il est ainsi bien plus difficile d’intégrer un joueur en pleine saison, dans un groupe déjà formé et rompu aux consignes tactiques de l’entraîneur. Le championnat reprenant le plus souvent dès le début du mois, un footballeur fraîchement recruté bénéficie de très peu de temps pour s’adapter aux systèmes de jeu de l’équipe et pour se familiariser avec ses coéquipiers. En l’espace de quelques matchs seulement, il est amené à se hisser au niveau de ses coéquipiers, au risque de s’attirer les foudres d’un public à la fois exigeant et impatient. Une entrée en matière poussive peut vite s’avérer dévastatrice. Les supporteurs parisiens se souviennent encore de Sergeï Semak, recruté en grandes pompes en janvier 2005, qui n’a pas vraiment laissé de trace impérissable dans la capitale… hormis pour son faible rendement. Plus récemment, des joueurs comme Foued Kadir ou Modou Sougou, tous deux achetés par l’Olympique de Marseille en janvier 2013, n’ont jamais réussi à confirmer les attentes des travées du stade Vélodrome.

Devant une telle incertitude, le mercato d’hiver attire son lot de détracteurs. René Girard, alors entraîneur truculent de Montpellier, n’y était pas allé par quatre chemins pour le critiquer: « C’est la merde quoi. C’est plus fait pour les agents que pour nous. Nous, on travaille pour construire un groupe et on s’aperçoit qu’il peut être « démarmailler » en deux jours. Moi c’est très simple, le mercato d’hiver il disparaîtrait. (…) On ne demande rien à personne, c’est comme ça, il faut le gérer. Tu as quelqu’un qui part qui est bien et il revient il a la tête dans le cul. Tu ne sais pas pourquoi. Enfin, tu sais pourquoi, mais bon, c’est comme ça. » Arsène Wenger, l’an dernier, était lui de l’avis que ce mercato en pleine saison faussait le championnat : « Des clubs qui ont déjà joué deux fois contre Newcastle ont un avantage sur ceux qui vont les affronter maintenant que l’équipe a acheté six joueurs. Le mercato hivernal devrait être supprimé ou au minimum limité à deux joueurs. » Autre pavé dans la mare, le rapport de la mission parlementaire sur l’application du fair-play financier en France avait proposé en juillet dernier de le supprimer pour « inciter à une stabilité contractuelle. »

Quel besoin pour quel recrutement ?

Pour autant, le landerneau du football n’est pas aussi unanime sur le sujet. Aux yeux de nombreux techniciens, le mercato d’hiver est une opportunité idoine d’opérer à quelques ajustements essentiels pour atteindre les objectifs de début de saison. David Moyes, manager ô combien contesté des Red Devils, estimait il y a quelques jours qu’un recrutement en janvier était de l’ordre de l’ « urgence » pour Manchester United, actuel 7ème du championnat anglais. Arrivé au Milan AC en janvier 2013, Mario Balotelli avec ses 12 buts inscrits, avait permis aux Rossoneri d’accrocher une place qualificative pour la Ligue des Champions inespérée au vu de leur entame catastrophique. Autre exemple avec la Roma qui, avec sa seconde place surprise en Serie A cette saison, n’a pas hésité à renforcer son effectif pour soutenir cet objectif inattendu avec l’arrivée du milieu belge Radja Nainggolan.

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Mario Balotelli, l’une des recrues phares du mercato hivernal 2013 (Crédits : Flickr – danheap77 – CC)

Le mercato hivernal peut également être une véritable bouffée d’oxygène pour certaines équipes. Entre le championnat, la coupe d’Europe, les coupes nationales, les tournées amicales et la sélection nationale, il n’est pas rare de voir un entraîneur désemparé par un effectif miné par de graves blessures. Dans ce genre de situations, le mercato d’hiver arrive à point nommé pour le club qui peut ainsi faire appel à des remplaçants. Souvent recrutés pour un simple rôle d’intérimaire, notamment via le système de prêts, certains footballeurs arrivent néanmoins à dépasser ce statut de faire-valoir. Ce fut par exemple le cas de Diego Lopez, recruté en janvier 2013 par le Real Madrid pour pallier l’indisponibilité de longue durée d’Iker Casillas. L’ancien gardien de Villareal avait livré des prestations si convaincantes que l’emblématique capitaine de la Maison Blanche n’avait plus réussi à retrouver une place de titulaire sous Mourinho. Désormais, les deux gardiens se partagent les cages madrilènes à tour de rôle.

Cibles particulièrement prisées par les dirigeants de clubs, les joueurs en fin de contrat en juin sont souvent disponibles à un prix dérisoire en janvier. De peur de les voir partir gratuitement à l’issue de leur contrat, les présidents n’hésitent pas à brader ces actifs pour grappiller quelques millions d’euros. Moussa Sissoko a ainsi rejoint Newcastle dès janvier 2013 plutôt qu’en la fin de la saison, permettant à Toulouse d’empocher la somme non négligeable de 3,5 millions d’euros dans le transfert. Cette saison, des joueurs comme Ménez ou Berbatov pourraient partir de leur club plus tôt que prévu.

Pendant ce marché de transferts, les clubs les plus riches en profitent également pour préparer la saison suivante. Véritable apanage des puissants, cet usage ne concerne que des clubs capables de miser sur des joueurs qui ne seront opérationnels immédiatement. Souvent risqués, ces transferts sont avant tout des paris sur l’avenir. Recruté pour 40 millions d’euros par le PSG il y a un an, Lucas peine encore à trouver ses marques dans une Ligue 1 plus exigeante que le Brasileirão d’un point de vue tactique. L’AS Monaco, fort de son statut de nouveau riche, a déjà emboîté le pas des plus grands avec la signature de Lacina Traoré samedi dernier. Mais à la différence du Brésilien, l’attaquant ivoirien ne devrait faire ses débuts sur les pelouses françaises que la saison prochaine pour éviter de bousculer la hiérarchie déjà bien en place et huilée.

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Lucas Moura, 40 millions au PSG… Et beaucoup de déceptions (Crédits : Flickr – dohastadiumplusqatar – CC)

Car en matière de recrutement hivernal, le nœud du problème est bien là. Acheter un joueur en janvier implique de nombreux changements dans l’équipe. Dans le cas de l’AS Monaco, Ranieri préfère ainsi préserver les trois attaquants déjà à sa disposition (Falcao, Rivière et Martial) alors que Traoré, international ivoirien, pourrait très bien prétendre à une place de titulaire. Bouleverser un effectif est ainsi très rarement envisagé. La tendance est généralement au recrutement minimaliste avec un ou deux joueurs susceptibles de s’intégrer rapidement au groupe déjà en place. C’est par exemple le cas de Guillaume Hoarau : recruté pour six mois par les Girondins de Bordeaux après son escapade chinoise, le Réunionnais a l’avantage de présenter un profil de coutumier des joutes hexagonales après ses quatre saisons et demi passées au Paris Saint-Germain.

Cette année, le mercato d’hiver a une saveur particulière. A quelques mois de la Coupe du Monde, les internationaux en délicatesse avec leur club n’hésiteront pas à en partir pour maintenir un volume et un niveau de jeu suffisants aux yeux des sélectionneurs. Alors forcément, les rumeurs de transferts vont bon train : Alvaro Pereira à l’OM, Ménez à la Juventus, Mata à l’Atletico… De quoi faire le bonheur de journalistes en quête de clics et de tirages supplémentaires.

Cyclisme et football : même braquet ?

Pas de Coupe du Monde ni de Coupe d’Europe à se mettre sous la dent cet été. Pour éviter de tomber dans l’ennui, le Tour de France et ses cols hors catégorie prennent le relais pour égayer nos journées moroses. L’occasion pour Coups de Tête d’analyser les liens qu’entretiennent entre eux cyclisme et football, deux sports aux antipodes l’un de l’autre. Là où le footballeur évolue dans un stade, le cycliste accumule des kilomètres et des kilomètres entre routes vallonnées, rues pavées et rase campagne. Là où le footballeur joue avec un ballon, le coureur pédale sur un deux-roues. Les dissemblances sont légion. Et pourtant, des parallèles peuvent être tracés entre ces deux sports.

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Valbuena en aurait commandé un aux couleurs de l’OM… (Crédits : Flickr – Cory Doctorow)

Une culture française de la « lose »

Deux des sports les plus populaires en France : le cyclisme et le football font partie du patrimoine sportif tricolore depuis plusieurs décennies maintenant. Le Tour de France comme la Coupe du Monde, à l’image de Roland Garros pour le tennis, sont des événements toujours attendus par des millions de spectateurs qui se délectent à l’idée de voir de nouvelles légendes s’écrire.

Car oui, ces sports sont des fabriques de légendes. Saint-Étienne finaliste malheureux de la C1 en 1976 et l’« éternel second » Raymond Poulidor hier, l’attentat sur Battiston en 1982 et Thomas Voeckler plus récemment, la France du cyclisme et du football s’est avant tout toujours passionnée pour ces « losers », pour ces histoires qui ont profondément marqué la mémoire collective du sport dans le pays. Une culture du petit et de la « lose » qui est définitivement propre à la France : on pourrait également citer le culte du « Petit Poucet » en Coupe de France, autre « belle histoire française ».

 

Une dramatisation du sport qui privilégie ainsi plus ces légendes faites de pleurs et de déceptions que ces belles épopées victorieuses, trop souvent taxées d’arrogance et de condescendance. Jacques Anquetil, malgré ses 8 victoires sur le Tour de France, a été jugé pendant toute sa carrière comme trop riche par rapport à l’humble Poulidor ; la récente victoire du PSG en Ligue 1 n’a pas manqué d’attirer les plus aigres critiques gratuites et vides de sens. Sans parler des multiples titres de champion de France glanés par l’Olympique Lyonnais dans les années 2000…

Cyclisme et football, fabriques de légendes… individuelles ?

L’individualisme, le chacun pour soi, l’effritement de la solidarité collective, la recherche du bonheur personnel… Des maux tant décriés dans notre société actuelle qui n’épargnent pas le cyclisme et le football.

Le cyclisme est un sport individualiste par nature : le coureur est livré à lui-même, seul face à son guidon. Mais on oublie trop souvent que cette pratique au niveau professionnel implique toute une mise en place tactique, un travail d’équipe, au préalable et pendant les courses. Nombre de coureurs de talent sont ainsi souvent relégués à un simple rôle de « lieutenant », chargés d’amener le leader de leur équipe vers la victoire finale : George Hincapie pour Lance Armstrong ou encore Christopher Froome pour Bradley Wiggins l’an passé, tous ces sportifs ont été contraints de ronger leur frein devant la suprématie d’une seule et même personne qui ne le leur rendait pas forcément en retour. Armstrong et son entourage ont par exemple pris un soin minutieux à faire régner la loi du silence au sein du milieu cycliste entre menaces et dissimulations.

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Armstrong, « amis » d’époque (Crédits : Flickr – Grayskullduggery)

Le football moderne quant à lui distingue de plus en plus le joueur de son collectif. Que ce soit à travers les notes de joueurs, les analyses d’après-match, les divers classements (meilleur buteur, meilleur passeur, etc.) ou les nombreuses récompenses individuelles (Ballon d’Or, meilleur jeune de Ligue 1, etc.), le football est devenu un sport collectif au service de l’individu et non plus le contraire. De nombreux footballeurs cherchent avant tout à entrer dans la postérité par le biais de leur carrière personnelle plutôt que grâce à un collectif bien huilé : on choisit ses matches, on essaie de gonfler ses statistiques à quelques semaines du mercato… L’objectif n’est plus de remporter la Coupe du Monde mais de « gagner le Ballon d’or » dixit Paul Pogba.

Dopage : deux poids, deux mesures ?

« Les cyclistes, tous des dopés ». Un constat souvent entendu ces dernières années. Il n’y a plus une nouvelle édition du Tour de France sans son sempiternel scandale de dopage. Virenque, Armstrong, Ullrich, tous les grands champions qui ont écrit les plus belles pages du Tour de France de ces dernières années sont tombés les uns après les autres. Mais quid du football dans l’histoire ?

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Et la Coupe du Doping de football ? (Crédits : Wikimedia Commons – Taxiarchos228)

En matière de dopage, il semble bien qu’il y ait deux poids, deux mesures entre cyclisme et football. Alors que de nombreux coureurs ont été cités lors du procès de l’affaire Puerto, de Contador à Basso en passant par Fränk Schleck, aucun footballeur n’a été remis en cause pendant l’enquête. Fort étonnant au regard du témoignage de Jesus Manzano, l’ancien cycliste espagnol à l’origine du scandale, qui avait pourtant affirmé en 2006 avoir rencontré des joueur célèbres de la Liga dans les bureaux du Dr. Fuentes… Pire, fin avril dernier, la juge du procès a ordonné la destruction des poches de sang qui auraient pu permettre d’identifier des clients d’autres sports.

Le football, un sport protégé par rapport au cyclisme ? Lance Armstrong, dans un entretien accordé au Monde du 28 juin dernier, semble abonder dans ce sens : « Je suis sûr que certains grands clubs de football ont eu de l’influence sur ce jugement. En tout cas, c’est encore le cyclisme qui a été tenu pour le seul responsable ».

Le nœud du problème est bien là. Comment expliquer une telle différence de traitement entre ces deux sports ? Ce contraste pourrait bien s’expliquer par un football aux enjeux économiques et médiatiques bien plus importants que ceux du cyclisme. Le football, à travers la Ligue des Champions, l’Euro ou encore la Coupe du Monde, génère bien plus d’argent que le Tour de France, seule figure de proue du cyclisme professionnel. Les protestations au Brésil de ces derniers jours contre les dépenses pharaoniques en vue de l’organisation de la Coupe du Monde 2014 le prouvent bien : les enjeux qui gravitent autour du football dépassent le simple cadre sportif.

 

Très dur, dès lors, de démontrer l’existence d’un réseau de dopage organisé au sein du football. Les plus grandes institutions de ce sport, que ce soit les clubs ou la FIFA, veillent au grain. En 2006, Le Monde affirmait « avoir eu accès à une série de documents confidentiels » du Docteur Fuentes détaillant des programmes de préparation pour quatre clubs de la Liga, dont le FC Barcelone et le Real Madrid. Résultat : la Cour suprême espagnole a condamné en 2011, après appel, le quotidien à une amende de 15 000 euros ainsi qu’à une rectification de l’article sur son site internet pour diffamation et atteinte au droit à l’honneur du FC Barcelone. La loi du plus fort ?

Ces deux sports, malmenés par l’individualisme et le dopage, souffrent ainsi d’un déficit de popularité. Sans oublier les divers scandales qui éclatent autour des Bleus ou encore des « sportifs trop payés » entendus à longueur de journées. L’heure est aujourd’hui à la campagne de séduction. Mais là encore, le charme n’opère pas. Le Docteur Fuentes, condamné à un an de prison ferme en avril dernier, est déjà un homme libre puisque les peines inférieures à deux ans de prison ne débouchent pas en Espagne sur un enfermement carcéral… Et que dire du récent transfert de Payet à Marseille, alors qu’il se déclarait pourtant supporteur du PSG il y a quelques années ? Que ce soit dans le football ou dans le cyclisme, il y a encore du boulot !

Football et homosexualité : Y a-t-il un problème?

« Tarlouze, pédé, tapette »… Ces insultes à caractère homophobe sont légions sur de nombreux terrains de football et dans les travées d’un grand nombre de stades. La présence de l’homophobie y est palpable, des tournois de quartiers aux instances nationales et mondiales. Et pourtant, certaines institutions et clubs essayent de changer les mentalités depuis quelques années. En ce 17 mai, journée mondiale de lutte contre l’homophobie, Coups de Tête présente un état des lieux de la perception de l’homosexualité dans ce sport.

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Le PSG et l’AJA réunis contre l’homophobie le 24 octobre 2010

En traitant Thiago Silva de « transsexuel en surpoids » le 2 avril dernier sur Twitter, Joey Barton symbolise une certaine normalisation de l’homophobie en place dans le football depuis plusieurs années. Alors que le débat sur l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples de même sexe a fait l’objet d’une contestation virulente depuis plusieurs mois et a libéré la parole homophobe, le football ne semble pas déroger à cette ambiance aux mots décomplexés. Depuis toujours, une omerta plane sur l’homosexualité dans ce sport: les footballeurs n’osent pas faire leur coming-out. Surtout lorsque certains ne se gênent pas pour véhiculer des idées aux vieux relents d’homophobie.

Marcelo Lippi possède un CV à faire pâlir beaucoup d’entraîneurs en activité : champion d’Italie à plusieurs reprises et vainqueur de la Ligue des Champions avec la Juventus, il a également remporté la Coupe du Monde avec l’Italie en 2006. Une référence en la matière en somme. En 2009, alors sélectionneur de la Nazionale, il affirmait dans un entretien accordé à la chaîne YouTube Klauscondicio : « Je n’exclurais jamais un gay de la Nazionale, mais je pense qu’il serait difficile qu’un joueur puisse vivre de façon naturelle son homosexualité ». Comme à son habitude, l’actuel entraîneur du club chinois Guangzhou Evergrande ne mâche pas ses mots en inscrivant ici l’homosexualité dans le football comme déviant. Il sous-entend même que cette orientation sexuelle serait un facteur d’ostracisme au sein d’un effectif d’un club de football, qu’il serait impossible d’être à la fois homosexuel et footballeur. Comme quoi le succès et le bon sens ne vont pas toujours de pair… Et les exemples sont nombreux : en 2007, Didier Deschamps, alors entraîneur de la Juventus, avait critiqué les maillots extérieurs rose de son équipe, les qualifiant de « couleur de gays en France » ; le président de la fédération croate Vlatko Markovic avait affirmé en 2010 qu’aucun joueur homosexuel ne porterait le maillot de la sélection nationale, puisque « seulement les gens sains jouent au football » ; la coach de l’équipe nigériane lors de la dernière Coupe du Monde féminine avait quant à elle déclaré : « depuis que je suis sélectionneuse, le problème est réglé. Il n’y a plus de joueuses lesbiennes dans mon équipe.»

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Couverture du Sun du 22 octobre 1990

Une homophobie ambiante qui pèse lourd sur certains footballeurs. Au point que dans l’histoire de ce sport, un seul joueur en activité a osé avouer son homosexualité. Ancien international espoir anglais, Justin Fashanu a souffert pendant toute sa carrière du fait de son homosexualité. Arrivé en 1981 à Nottingham Forest avec une étiquette de future vedette du football britannique, il doit faire face à un Brian Clough, entraîneur de l’époque, pour le moins… borné. Il lui interdit très vite l’accès aux entraînements après avoir entendu des rumeurs sur des sorties nocturnes du joueur dans des établissements gays. Il va même jusqu’à l’attaquer ouvertement, comme en témoigne un extrait de son autobiographie(1) :

Clough : « Où vas-tu si tu veux acheter une baguette de pain ? »
Fashanu : « Chez le boulanger. »
Clough : « Et où vas-tu si tu veux acheter un gigot d’agneau ? »
Fashanu : « Chez le boucher »
Clough : « Alors qu’est-ce que tu vas foutre tous les soirs dans ce bar à pédés ? »

Au fil des années, sa situation et sa carrière se détériorent. Il ne retrouve plus le rendement de ses débuts, enchaîne des clubs modestes et des blessures à répétition. Tout bascule le 22 octobre 1990. Alors âgé de 29 ans, Justin Fashanu fait son coming-out dans une interview accordée au Sun et devient ainsi le premier footballeur gay encore en activité à dévoiler son orientation sexuelle : c’est un séisme au Royaume-Uni. Son propre frère, John Fashanu, également footballeur professionnel, le désavoue, affirmant que le football est un sport d’hommes et que les homosexuels n’ont pas de place sur la pelouse. La famille avant tout comme on dit… Justin Fashanu met fin à ses jours le 2 mai 1998, après avoir été accusé aux Etats-Unis d’agression sexuelle envers un adolescent de 17 ans (une accusation démentie après son décès). Dans sa lettre de suicide, il déclare notamment « ne plus vouloir embarrasser sa famille et ses amis ». Un coming-out pour le moins dissuasif.

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Couverture du Têtu n°166

Comment expliquer ce rejet de l’homosexualité dans le football ? Le rapport commandé par le Paris Foot Gay et rendu public le 30 avril dernier donne un début d’explications. Menée auprès de 13 clubs de Ligue 1 et de Ligue 2, cette étude tend à démontrer que l’homophobie est la principale discrimination constatée dans le football. 41 % des footballeurs professionnels et 50 % des jeunes en formation interrogés manifestent un ressentiment envers l’homosexualité. Une homophobie qui est même facteur d’intégration dans les centres de formation, où les jeunes sont souvent livrés à eux-mêmes, loin de leurs familles. En pleine adolescence, ces jeunes footballeurs désirent très vite s’intégrer aux autres, quitte à embrasser des convictions de manière maladroite et souvent mal comprises.

L’omerta en place dans ce sport n’arrange pas les choses. 63% des pros et 74% des jeunes joueurs évoquent l’homosexualité comme un sujet tabou. Là-aussi, l’intégration peut être mise en avant comme explication de ce phénomène. On note depuis plusieurs années un certain conformisme chez certains footballeurs : avoir des voitures à un prix exorbitant, porter certaines marques de vêtements, etc. Et à l’image de ces signes distinctifs, ce silence ne serait qu’un simple mimétisme. Un joueur préfère ne pas parler pour mieux se fondre avec ses coéquipiers.

En outre, ce tabou est un frein à l’épanouissement d’un footballeur homosexuel qui, souvent, vit très mal son orientation sexuelle dans ce sport. La carrière de Justin Fashanu peut en témoigner. Annoncé comme le futur espoir du football anglais, il n’a jamais réussi à percer et a enchaîné une vingtaine de clubs tous plus modestes les uns que les autres. Cette intolérance pèse sur la vie d’un joueur de football, le freine mentalement et influe sur ses prestations lors des matches. Et parfois, écourte une carrière : ainsi, Robbie Rogers, international américain de 25 ans évoluant en troisième division anglaise, a raccroché les crampons après avoir annoncé son homosexualité. Il a fait les jeux de Pékin, il a pris du plaisir sur le terrain. Et pourtant, il confirme aussi qu’il est trop difficile d’être gay et joueur professionnel.

Mais depuis quelques années, les équipes de football se mobilisent face à cette discrimination. Huit clubs professionnels français (dont le PSG), sur quarante, ont déjà signé la Charte contre l’homophobie, qui dénonce et lutte contre l’intolérance. Au-delà des clubs, ce sont également les joueurs qui s’engagent personnellement dans ce combat. En mai 2011, des footballeurs, en compagnie d’autres sportifs, ont participé à un clip de prévention et de lutte contre l’homophobie dans le football. On y retrouve des joueurs comme Nicolas Douchez (gardien du PSG), Romain Danzé (défenseur de Rennes) ou encore Miralem Pjanic (ancien milieu offensif de l’OL). Même Louis Nicollin(2) en est. Un seul mot d’ordre : dire non à l’homophobie.

Olivier Giroud a tenté de briser le tabou en faisant la couverture du magazine gay et lesbien Têtu. Dans cette interview, l’attaquant d’Arsenal n’hésite pas à dire qu’il ne fait « aucune différence » entre « un homo et un hétéro ». Ancienne gloire du PSG, David Ginola a également posé pour Têtu et y a déclaré : « Je serai du côté des joueurs faisant leur coming-out »(3). Olivier Rouyer, ancien coéquipier de Michel Platini à Nancy, est sorti du placard après sa retraite sportive. Il est désormais consultant football sur Canal Plus et qu’importe son orientation sexuelle, il fait partie des experts de la chaîne cryptée et affirme n’avoir jamais été mis à l’écart jusqu’à présent. Un message d’espoir.

Des initiatives sont prises également dans les tribunes. Les supporteurs bordelais du groupe Ultramarines ont manifesté leur engagement dans la lutte contre l’homophobie lors du match face à Montpellier le 14 avril dernier avec une banderole déployée le long du Virage Sud sur laquelle on pouvait lire : « Virage Sud contre l’homophobie ». Autre exemple de cette prise de conscience, lors du match face au Chivas USA le 14 mai dernier, les supporteurs des Timbers de Portland ont organisé un tifo aux couleurs du rainbow flag, symbole de la communauté homosexuelle assorti du message : « une fierté, pas un problème ».

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Banderole des Ultramarines lors du match Bordeaux-Montpellier du 14 avril 2013

Dans le football professionnel, l’homophobie reste la norme, certes. Mais Deschamps s’est excusé, Ginola aidera des homosexuels à s’outer, Louis Nicollin a participé à un clip de soutien, des supporters revendiquent leur tolérance en tribune, tandis qu’aux Etats-Unis, des sportifs encore en activité font leur coming-out : ça ne va pas vite, mais ça va quand même, et c’est là l’essentiel.

 

(1) Tiré de l’article Le destin pas fabuleux du tout de Justin Fashanu, du blog Teenage Kicks.
(2) Le président de Montpellier avait été suspendu deux mois pour avoir traité Benoit Pedretti de « petite tarlouze », après un match de Ligue 1.
(3) Après avoir déclaré sur le plateau du Grand Journal de Canal + : « Dans les attitudes, je n’ai jamais vu quelqu’un [un homosexuel] qui ressemblait de près ou de loin avec des manières de quelqu’un du côté obscur de la force (sic) ».

Par Nick Carvalho et Sophie Cucheval