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La Liga, là où on l’avait laissée

L’attente autour du championnat espagnol n’aura pas déçu lors de la saison 2009/2010. Certes, Barça et Real, les 2 gros historiques, ont dominé facilement les débats tandis que – 30 points plus bas – on se disputait les places européennes restantes ou bataillait gentiment pour ne pas descendre. Mais l’intérêt fut ailleurs. Entre recrutement estival 2009/2010 à coups de millions d’euros, clubs en sursis financier, résultats étonnants de petites équipes, ambitions affichées et désillusions à gérer : la saison fut riche… pas que sur le terrain. Une année en Liga, ou le triomphe d’un football tout en paradoxe.

Duo de tête

Ce ne fut une surprise pour personne : Barça et Real ont survolé la saison 2009/2010. Les deux clubs « phare » de la Ligua ont mené du début à la fin et aucun club n’est parvenu à rivaliser. Avec respectivement 96 et 95 points, ils n’auront pas été inquiétés par les poursuivants, loin derrière. Valence, 3è avec 68 points, n’a jamais pu espérer troubler le duo de tête dans la course à la 1ère et 2ème place. Les hommes de Guardiola et de Pellegrini ont monopolisé les premières places depuis la deuxième journée. Quasiment pas, ou peu de suspens donc, même si la luttre dura jusqu’à la dernière journée : le Barça gagne contre Valladolid tandis que le real ne peut faire mieux qu’un match nul conte Malaga. Certains doutent alors du véritable attrait de la Liga. A tort.

Pas de suspens, mais du talent

La domination sans partage du duo de tête ne doit pas faire oublier la qualité du championnat espagnol. Car quiconque à regarder des matchs a vu que la qualité était au rendez-vous. Avec des joueurs talentueux, la Liga accueille parmi les meilleurs internationaux de la planète : Luis Fabiano à la pointe de l’attaque sévillane, David Villa, attaquant de Valence ou encore l’Uruguayen Forlán, vainqueur de la Ligue Europa avec l’Atlético de Madrid. Villareal et Majorque également n’auront pas à rougir de leur saison : les deux clubs seront de retour sur la scène européenne l’an prochain.

Un échec galactique

L’été dernier, la présidence du Real de Madrid et ses transferts promettaient d’offrir une saison prolixe en titres. Pas moins de 6 arrivées… et aucun titre. Des recrues très coûteuses – Kaká (67,2 millions d’euros), Cristiano Ronaldo (94 millions d’euros), Karim Benzema (35 millions d’euros) – mais pas forcément à la hauteur. Le brésilien blessé n’a pas trouvé ses marques dans le schéma de jeu madrilène. L’attaquant français a passé plus de temps sur le banc que sur le terrain. En défense, Arbeloa et Albiol auront brillé par leur irrégularité. Reste le Portugais, Ballon d’Or 2009, qui a tenu à lui seul la maison blanche inscrivant 33 buts en 35 matchs. Il sonna les révoltes sur le terrain, se démena pour arracher les victoires, quitte à en devenir parfois individualiste et un brin agaçant… Mais malgré son talent immense, le Real n’aura décroché aucun trophée. Pire : le club de la capitale ne s’est pas hissé plus loin que les huitièmes de finale en Ligue des Champions, sorti par un Lyon pourtant prenable. Manuel Pellegrini, promis en début de saison à un grand avenir puis décrié tout au long de l’année, a peiné pour offrir une organisation tactique efficace à son équipe. Il ne sera pas parvenu à empêcher les joueurs à vocation offensive de se marcher sur les pieds souvent ni à organiser rigoureusement le secteur défensif. Que dire enfin de l’humiliation subie contre le club de 3è division d’Alcorcón en Coupe du Roi ? Battue 4-0 lors du match aller, le Real, incapable de gérer des tensions internes, a livré une prestation loin d’être à la hauteur du prestige du club et de ses recrues coûteuses. Les galactiques, ou la démonstration que les millions n’ont pas toujours raison.

Quand les Egos s’emmêlent

A coups de millions d’euros, la Liga a recruté des stars l’été dernier. Celles du Real auront connu quelques difficultés à jouer correctement ensemble. Si Ronaldo est rapidement devenu un meneur de jeu indispensable, Kaká n’est pas parvenu à s’imposer dans l’axe comme attendu. L’arrivée de Benzema, prometteuse, a déçu : l’ancien lyonnais effectue un bon début de saison mais est rapidement préféré à Gonzalo Highuain. S’adapter dans le club de la capitale n’est pas une mince affaire : Anelka et Zidane avaient subi un sort identique, en proie aux luttes internes dans le vestiaire, emmené par des cadres du club (Raúl ou Guti en tête). Il aura peut-être manqué au Real la capacité à assainnir les relations entre joueurs hors du terrain.

Un leader amoindri

Chez les ennemis barcelonais, il a aussi été question d’ego. En début de saison, Guardiola pousse Eto’o vers la sortie et recrute Ibrahimovic, aussi talentueux qu’individualiste. En pointe de l’attaque, il est capable de merveilles… si l’équipe joue pour lui. Exit l’attaquant camerounais au service de l’équipe. Résultat : le sudéois n’a pas brillé en liga, ni par ses buts, ni par son dévouement à l’équipe. La saison fut moins riche en titre qu’en 2008/2009 pour le club catalan qui certes remporte le championnat mais se fait sortir en huitième de finale de la Coupe du Roi contre le FC Séville et en demi face à l’Inter Milan en Ligue des Champions. Le Barça dû s’en remettre aux pieds du Messi argentin. Le jeune prodigue inscrit 34 buts en 35 matchs et réalisa des matchs de grande classe sur la scène européenne, notemment lors du match contre Arsenal en Ligue des Champions. Le FC Barcelone, malgré l’éclosion de jeunes talents en devenir, fut autant dépendant de Messi que le Real de Ronaldo…

L’Athlético Madrid au sprint

Le début de saison fut laborieux pour l’Atlético de Madrid. Enchaînant matchs nuls et défaites, l’autre club historique de la capitale ne se classe qu’à la 9ème place du classement. Mais la saison s’acheva mieux qu’elle ne commença, grâce à une victoire en Ligue Europa. Eliminant successivement le Galatasaray, le Sporting Portugal, Valence et Liverpool, les coéquipiers de Forlán et Agüero se sont défaits des londonniens de Fulham en finale après prolongations. Deux buts marqués par son buteur uruguayen de talent ont permis aux madrilènes de terminer la siason en beauté.

La Liga en faillite

Financièrement, la Liga va mal. Sur la saison 2008/2009, les 20 clubs du championnat cumulent 3,53 milliards de dette (d’après un rapport de l’université de Barcelone). Chaque année, le déficit de 44 millions du FC Valence est montré du doigt. Mais c’est certainement l’exemple de Majorque qui marquera les esprits à l’issue de cette saison. Le club des Baléares est qualifié pour la Ligue Europa, mais il n’est pas encore assuré de pouvoir défendre sa chance et de jouer un rôle sur la scène européenne : un déficit estimé entre 50 et 60 millions est sur le point de conduire le club à la faillite. Pour expliquer ces dérives financières, il faut regarder du côte des masses salariales, trop élevées et de l’endettement auquel les clubs ont recours pour recruter et renforcer les effectifs. La répartition des droits télé est aussi mise en cause. Reste que chaque année, les clubs espagnols sont contraints de vendre pour recouvrir les dettes… mais continuent à recruter, parfois très cher. L’accord de «fair play financier» défendu par Michel Platini ne prendra effet qu’en 2012.

Diego, Olive et Tom

Elu meilleur joueur du Mondial en Afrique, Diego Forlán a ébloui… et inspiré. Sa performance n’était pas aussi spectaculaire que celles des héros de nos enfances, Olive et Tom. Quoique…

Personne n’a oublié le manga japonais qui nous captivait le mercredi après-midi, ni le générique que l’on connaît tous encore par coeur. Olive et Tom, l’histoire d’Olivier, attaquant et Tom, gardien de but. Dribbles spectaculaires, acrobaties exagérées pour marquer les buts. Un tir pouvait tenir en haleine un épisode entier et des parties longues de plusieurs saisons nous occupaient pendant les vacances….

Ni une, ni deux, un groupe de musique au nom prometteur, les Golden Vuvuzelas ont appliqué la recette pour rendre hommage à Diego Forlán. Super Campeones, ça ne s’invente pas.
Nostalgie quand tu nous tiens.

Diego Forlán, le sorcier urugayen

A 31 ans, l’attaquant uruguayen a ébloui le monde de sa classe et de son talent. Une enfance bercée par le football, une carrière en dents de scie et un probable dernier mondial plus tard, Diego Forlán entre et s’installe confortablement dans le cercle fermé des meilleurs joueurs du monde. Retour sur la carrière de ce « sorcier blanc ».

Diego Forlan, et son trophée de meilleur joueur du Mondial 2010. Photo : jikatu.flickr.cc
Diego Forlan, et son trophée de meilleur joueur du Mondial 2010. Photo : jikatu.flickr.cc

Le football ? Diego est tombé dans la marmite quand il était petit, en Uruguay : un grand-père sélectionneur et un père international arrivé en quart de finale de la Coupe du Monde 1974. Même si le fiston penche pour le tennis jusqu’à 14 ans, il poursuit la tradition familiale et retrouve le ballon rond, son premier amour. C’est en Argentine qu’il est formé, par l’Independiente dans la banlieue de Buenos Aires, après un bref passage au centre de formation de l’AS Nancy-Lorraine. Lors de la saison 2000/2001, il marque 18 buts. De quoi attirer les regards des clubs européens : Sir Alex Ferguson le veut à Manchester United. Diego y pose ses valises en 2002.

Une carrière en dents de scie

L’Uruguayen ne brille pas à Manchester United, bien au contraire : deux saisons et demie et 13 buts. Les chiffres sont accablants. Sur le terrain, l’attaquant ne trouve pas sa place, se perd et déçoit. Le courant ne passe pas avec la Premier League, avec le coach, avec les supporters.
Villareal le recrute alors en 2004. Le talent parle ensuite : les trois premières années en Espagne sont des plus prometteuses. Il claque 54 buts en 106 matchs et est élu Pichichi de la Liga et soulier d’or, rien que ça. L’Atletico de Madrid ne s’y trompe pas et lui fait les yeux doux pour 21 millions d’euros afin de palier le départ de Torres vers Liverpool. A la pointe de l’attaque, Diego éclate : 66 buts en 102 matchs, pichichi, soulier d’or et double buteur en finale de l’Europa League que l’autre club de la capitale espagnole remporte. Dans son club, il est indispensable. Dans la sélection aussi.

Le coup du coeur du Mondial

Certes, il n’est pas champion du monde. Mais il a indiscutablement conquis le cœur du public et des observateurs. Dès qu’il touche le ballon, il effraie. Dès qu’il tire, il impressionne. Il marque 5 buts lors de ce Mondial 2010 dont certains seront à classer parmi les plus beaux du tournoi. Il est de la trempe de ces joueurs capables à eux seuls de faire gagner leur équipe. Intelligence dans le jeu et dans le placement – il est rarement hors jeu, généreux dans l’effort et capable de faire briller ses coéquipiers par des passes inspirées : Forlán, c’est le coup du coeur du tournoi. Discret et classe, même à 31 ans passés, le sorcier uruguayen a plus d’un tour dans son sac.

Elle eut tout d’une grande

… cette petite finale ! Malgré la déception d’avoir laissé échapper la qualification, les deux équipes se sont livrées une très belle bataille. Beaucoup d’absents du côte allemand, mais une jeune génération prometteuse à l’image de Müller, Jansen et Khedira, les 3 buteurs. Des noms à retenir qui se distingueront sans aucun doute lors du prochain championnat d’Europe. Sans être éblouissants, les hommes de Löw ont trouvé les ressources nécessaires pour décrocher la 3è place, comme en 2006. L’équipe d’Allemagne échoue au pied de la finale. Mais il semble qu’elle n’ait pas dit son dernier mot pour les prochains rendez-vous mondiaux.

La surprenante équipe d'Uruguay. Photo : jikatu.flickr.cc
La surprenante équipe d’Uruguay. Photo : jikatu.flickr.cc

Du côté de l’Uruguay, il s’est passé quelque chose. Un cœur énorme pour un petit pays de 3 millions d’habitants vivant dans l’ombre du voisin argentin. Car oui, l’Uruguay, c’est un pays de football, double vainqueur de du Mondial et qui compte beaucoup de licenciés. Cette Celeste là voulait continuer d’écrire l’histoire de la Celeste d’antan : mission presque accomplie. Nul doute que les joueurs courageux seront accueillis en héros, car ils ont tout donné, même contre l’Allemagne. Un premier but du Cavani grâce à Diego Pérez, impérial en milieu de terrain qui récupère le ballon dans les pieds du meneur de jeu allemand Schweinsteiger. Le second but est le chef-d’oeuvre du joueur le plus talentueux de cette équipe et pourquoi pas du Mondial : Diego Forlán. Une reprise de volée à l’extérieur de la surface, un rebond et un but magnifique. Encore un… L’Uruguay a montré du courage, du coeur, de l’envie et du talent. Pour notre grand plaisir.

L’Europe sur le toit du monde

A la fin des poules, les équipes européennes semblaient avoir perdu de leur prestige. A la veille de la finale, force est de constater que le Vieux Continent domine le football mondial. Pays-Bas et Espagne s’affrontent pour la finale, Allemagne et Uruguay lors de la petite finale. Pour la première fois de l’histoire de la Coupe du Monde, un pays européen est sur le point de s’imposer en dehors de son continent.

Un Pays-Bas outsider…

Les bataves laissent une impression bizarre. Certes, ils ont gagné tous leurs matchs mais ils semblent fragiles dans bien des secteurs de jeu : le milieu de terrain et la défense ne se sont pas trouvés contre l’Uruguay. Alors, les points forts des Oranje sont ailleurs : des individualités talentueuses en attaque, Robben, Sneijder, Van Persie pour ne citer qu’eux. Entre la fougue des jeunes et l’expérience des plus anciens, les Pays-Bas ont de quoi surprendre : c’est bien Van Bronckhorst, 35 ans, qui débloque la situation contre l’Uruguay d’une frappe sublime. Tout un symbole. Le filou de 33 ans, Mark van Bommel, apportera lui aussi son expérience – et ses coups. Et puis, il y a le mental. Bien décidés à laver les affronts des deux finales perdues, les joueurs bataves semblent capables de beaucoup et prêts à tout.

… contre un grandissime favori.

David Villa célèbre son but contre le Portugal en huitième de finale. Photo : jikatu.flickr.cc
David Villa célèbre son but contre le Portugal en huitième de finale. Photo : jikatu.flickr.cc

L’Espagne est favori depuis le début du Mondial. Malgré de courtes victoires (1-0) depuis les huitièmes, la Roja semble en mesure de tenir son rang, grâce à son milieu de terrain, le meilleur du Mondial – et ce ne sont pas les Allemands qui diront le contraire : Xavi, Iniesta, Xabi Alonso et Busquets. La talentueuse Nazional Manschaft n’y a pas résisté. D’autre part, il semblerait que le gardien espagnol soit de retour : Iker Casillas sort un penalty et plusieurs beaux arrêts en quart et en demi. Reste l’énigme Fernando Torres. Il n’est pas titulaire contre l’Allemagne, conséquence de performances mitigées depuis le début du Mondial. Pedro lui est préféré et pour cause : le jeune catalan réussit un très bon match, malgré une occasion complètement gâchée en fin de partie. Une méforme qui profite à David Villa – un joyau, sauveur ou diamant, comme il vous plaira… Villa c’est 5 buts depuis le début du Mondial – comme Sneijder – et des beaux! Un mental d’acier et un talent fou. Si Villa va, la Roja gagnera…
Bon et puis Paul le Poulpe l’a dit. Alors…

Petite finale, grandes équipes

Uruguay et Allemagne s’affrontent tout à l’heure pour la petite finale. Coups de tête sent la formation de Löwe un brin supérieure, un brin favorite. Mais l’Uruguay a tellement de coeur et quelques très bons joueurs (Forlán, Caceres…), que le doute est permis. N’est pas Paul le Poulpe qui veut…