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Etude de Kasami

Ce weekend, la Premier League a encore été le théâtre de quelques gestes de grande classe. Il y a eu le but de Wilshere samedi avec Arsenal, à la conclusion de redoublements de passes à faire pâlir les admirateurs du tiki-taka barcelonais. Hier, c’est l’ombre de Van Basten qui a plané sur la pelouse de Selhurst Park. Alors que Fulham est mené 1-0, Pajtim Kasami décide de faire parler la poudre et marque un but qui fait déjà le tour de la toile, de YouTube à Videa.hu.

kasami fulham

« C’était mieux que ce que vous pensez. Il a contrôlé le ballon de la poitrine et l’a envoyé dans la lucarne opposée. Le but de Marco [Van Basten] est bien différent. Vous ne pouvez pas comparer les deux buts mais celui de Kasami est plus beau ». En maniant la contradiction à son paroxysme, l’entraîneur de Fulham, Martin Jol, ne tarit pas d’éloges à l’égard du milieu suisse. On peut comprendre son enthousiasme. Kasami a inscrit hier le genre de buts que l’on voit que trop rarement. Exit les frappes écrasées et les CSC. A la 19ème minute de jeu, le Suisse, sur une passe en profondeur de Sascha Riether, s’emmène le ballon de la poitrine à l’intérieur de la surface puis crucifie le gardien adverse d’une sublime volée qui échoue dans le petit filet opposé. Le tout du coin extérieur droit de la surface de réparation. En l’espace de quelques secondes, le Suisse sort de son anonymat pour sauver son entraîneur d’une éviction qui semblait inéluctable.

Originellement cantonné à un rôle de milieu défensif pouvant même dépanner en défense centrale, Kasami a su étoffer son volume de jeu au fil du temps pour jouer un cran au-dessus sur le terrain. Rompu au championnat britannique, le Suisse semble désormais posséder toutes les qualités d’un joueur polyvalent. Au point d’inscrire ce magnifique but du pied droit, lui le gaucher de formation.

Et pourtant, Kasami a eu une formation pour le moins chaotique. A seulement 21 ans, le Suisse a déjà un pedigree digne des plus grands bourlingueurs. Quel joueur peut se targuer, à seulement 16 ans, d’avoir déjà évolué dans trois équipes comme le Grasshopper, Liverpool et la Lazio ? Joueur ardemment courtisé donc dès son plus jeune âge… Et pour cause, il fait partie de cette génération suisse, vainqueur de la Coupe du Monde U17 2009 en compagnie des Seferović, Xhaka et Rodriguez.

kasami u17

Comment expliquer alors qu’il ait autant voyagé à un si jeu âge ? La faute sans doute à quelques péchés de jeunesse. A la Lazio par exemple où il privilégiait l’école buissonnière aux terrains d’entraînements italiens. Conséquence, le club romain le libère et c’est finalement au Bellinzone, modeste club helvétique, que Kasami fait ses débuts professionnels en janvier 2010. Il n’y restera que six mois : il est aussitôt acheté par Palerme, toujours friand de joueurs jeunes et prometteurs. L’occasion pour lui de se frotter aux joutes européennes en Europa League avec plusieurs titularisations à la clé. Mais là encore, il a la bougeotte. Après seulement un an passé en Sicile et 20 petites apparitions, il est acheté par Fulham en 2011 et garni ainsi le contingent suisse, déjà composé de Senderos et Frei.

Pour sa première saison à Londres, le jeune suisse doit se contenter de quelques entrées en fin de matches. Difficile de se faire une place au milieu des Dempsey, Dembélé ou encore  Murphy. Il est donc prêté en cours de saison suivante à Lucerne pour engranger du temps de jeu. Pari gagnant pour Fulham : l’été dernier, le joueur revient en pleine possession de ses moyens pour enfin jouer les premiers rôles au sein de l’équipe londonienne. Depuis son but victorieux inscrit sur la pelouse de Sunderland lors de la première journée de championnat, Kasami ne quitte plus le onze de départ, avec 7 titularisations en 8 journées. Devenu un pion essentiel, le jeune milieu a même connu les joies de la sélection nationale, lors de la victoire face à la Slovénie le 15 octobre dernier. Qualifiée pour la prochaine Coupe du Monde, la Suisse sera sans aucun doute l’un des épouvantails en juin prochain. Mais le voyage au Brésil se fera sans doute sans lui, tant le milieu de sélection nationale est fourni. En attendant, il se contentera peut-être d’un transfert chez un grand. Certains l’envoient déjà vers la Juventus…

La Liga, là où on l’avait laissée

L’attente autour du championnat espagnol n’aura pas déçu lors de la saison 2009/2010. Certes, Barça et Real, les 2 gros historiques, ont dominé facilement les débats tandis que – 30 points plus bas – on se disputait les places européennes restantes ou bataillait gentiment pour ne pas descendre. Mais l’intérêt fut ailleurs. Entre recrutement estival 2009/2010 à coups de millions d’euros, clubs en sursis financier, résultats étonnants de petites équipes, ambitions affichées et désillusions à gérer : la saison fut riche… pas que sur le terrain. Une année en Liga, ou le triomphe d’un football tout en paradoxe.

Duo de tête

Ce ne fut une surprise pour personne : Barça et Real ont survolé la saison 2009/2010. Les deux clubs « phare » de la Ligua ont mené du début à la fin et aucun club n’est parvenu à rivaliser. Avec respectivement 96 et 95 points, ils n’auront pas été inquiétés par les poursuivants, loin derrière. Valence, 3è avec 68 points, n’a jamais pu espérer troubler le duo de tête dans la course à la 1ère et 2ème place. Les hommes de Guardiola et de Pellegrini ont monopolisé les premières places depuis la deuxième journée. Quasiment pas, ou peu de suspens donc, même si la luttre dura jusqu’à la dernière journée : le Barça gagne contre Valladolid tandis que le real ne peut faire mieux qu’un match nul conte Malaga. Certains doutent alors du véritable attrait de la Liga. A tort.

Pas de suspens, mais du talent

La domination sans partage du duo de tête ne doit pas faire oublier la qualité du championnat espagnol. Car quiconque à regarder des matchs a vu que la qualité était au rendez-vous. Avec des joueurs talentueux, la Liga accueille parmi les meilleurs internationaux de la planète : Luis Fabiano à la pointe de l’attaque sévillane, David Villa, attaquant de Valence ou encore l’Uruguayen Forlán, vainqueur de la Ligue Europa avec l’Atlético de Madrid. Villareal et Majorque également n’auront pas à rougir de leur saison : les deux clubs seront de retour sur la scène européenne l’an prochain.

Un échec galactique

L’été dernier, la présidence du Real de Madrid et ses transferts promettaient d’offrir une saison prolixe en titres. Pas moins de 6 arrivées… et aucun titre. Des recrues très coûteuses – Kaká (67,2 millions d’euros), Cristiano Ronaldo (94 millions d’euros), Karim Benzema (35 millions d’euros) – mais pas forcément à la hauteur. Le brésilien blessé n’a pas trouvé ses marques dans le schéma de jeu madrilène. L’attaquant français a passé plus de temps sur le banc que sur le terrain. En défense, Arbeloa et Albiol auront brillé par leur irrégularité. Reste le Portugais, Ballon d’Or 2009, qui a tenu à lui seul la maison blanche inscrivant 33 buts en 35 matchs. Il sonna les révoltes sur le terrain, se démena pour arracher les victoires, quitte à en devenir parfois individualiste et un brin agaçant… Mais malgré son talent immense, le Real n’aura décroché aucun trophée. Pire : le club de la capitale ne s’est pas hissé plus loin que les huitièmes de finale en Ligue des Champions, sorti par un Lyon pourtant prenable. Manuel Pellegrini, promis en début de saison à un grand avenir puis décrié tout au long de l’année, a peiné pour offrir une organisation tactique efficace à son équipe. Il ne sera pas parvenu à empêcher les joueurs à vocation offensive de se marcher sur les pieds souvent ni à organiser rigoureusement le secteur défensif. Que dire enfin de l’humiliation subie contre le club de 3è division d’Alcorcón en Coupe du Roi ? Battue 4-0 lors du match aller, le Real, incapable de gérer des tensions internes, a livré une prestation loin d’être à la hauteur du prestige du club et de ses recrues coûteuses. Les galactiques, ou la démonstration que les millions n’ont pas toujours raison.

Quand les Egos s’emmêlent

A coups de millions d’euros, la Liga a recruté des stars l’été dernier. Celles du Real auront connu quelques difficultés à jouer correctement ensemble. Si Ronaldo est rapidement devenu un meneur de jeu indispensable, Kaká n’est pas parvenu à s’imposer dans l’axe comme attendu. L’arrivée de Benzema, prometteuse, a déçu : l’ancien lyonnais effectue un bon début de saison mais est rapidement préféré à Gonzalo Highuain. S’adapter dans le club de la capitale n’est pas une mince affaire : Anelka et Zidane avaient subi un sort identique, en proie aux luttes internes dans le vestiaire, emmené par des cadres du club (Raúl ou Guti en tête). Il aura peut-être manqué au Real la capacité à assainnir les relations entre joueurs hors du terrain.

Un leader amoindri

Chez les ennemis barcelonais, il a aussi été question d’ego. En début de saison, Guardiola pousse Eto’o vers la sortie et recrute Ibrahimovic, aussi talentueux qu’individualiste. En pointe de l’attaque, il est capable de merveilles… si l’équipe joue pour lui. Exit l’attaquant camerounais au service de l’équipe. Résultat : le sudéois n’a pas brillé en liga, ni par ses buts, ni par son dévouement à l’équipe. La saison fut moins riche en titre qu’en 2008/2009 pour le club catalan qui certes remporte le championnat mais se fait sortir en huitième de finale de la Coupe du Roi contre le FC Séville et en demi face à l’Inter Milan en Ligue des Champions. Le Barça dû s’en remettre aux pieds du Messi argentin. Le jeune prodigue inscrit 34 buts en 35 matchs et réalisa des matchs de grande classe sur la scène européenne, notemment lors du match contre Arsenal en Ligue des Champions. Le FC Barcelone, malgré l’éclosion de jeunes talents en devenir, fut autant dépendant de Messi que le Real de Ronaldo…

L’Athlético Madrid au sprint

Le début de saison fut laborieux pour l’Atlético de Madrid. Enchaînant matchs nuls et défaites, l’autre club historique de la capitale ne se classe qu’à la 9ème place du classement. Mais la saison s’acheva mieux qu’elle ne commença, grâce à une victoire en Ligue Europa. Eliminant successivement le Galatasaray, le Sporting Portugal, Valence et Liverpool, les coéquipiers de Forlán et Agüero se sont défaits des londonniens de Fulham en finale après prolongations. Deux buts marqués par son buteur uruguayen de talent ont permis aux madrilènes de terminer la siason en beauté.

La Liga en faillite

Financièrement, la Liga va mal. Sur la saison 2008/2009, les 20 clubs du championnat cumulent 3,53 milliards de dette (d’après un rapport de l’université de Barcelone). Chaque année, le déficit de 44 millions du FC Valence est montré du doigt. Mais c’est certainement l’exemple de Majorque qui marquera les esprits à l’issue de cette saison. Le club des Baléares est qualifié pour la Ligue Europa, mais il n’est pas encore assuré de pouvoir défendre sa chance et de jouer un rôle sur la scène européenne : un déficit estimé entre 50 et 60 millions est sur le point de conduire le club à la faillite. Pour expliquer ces dérives financières, il faut regarder du côte des masses salariales, trop élevées et de l’endettement auquel les clubs ont recours pour recruter et renforcer les effectifs. La répartition des droits télé est aussi mise en cause. Reste que chaque année, les clubs espagnols sont contraints de vendre pour recouvrir les dettes… mais continuent à recruter, parfois très cher. L’accord de «fair play financier» défendu par Michel Platini ne prendra effet qu’en 2012.