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Coupe du Monde 2014 : une marque brésilienne vend des T-shirts provocateurs… et taxés d’homophobie

Sergio-K-Copa-do-Mundo-2014-05Les supporters brésiliens pourront porter les maillots de la sélection nationale pour soutenir la Seleçao ou investir dans une série de T-shirts de la marque de vêtements Sergio K aux slogans provocateurs : Zidane is over, Messi bâtard ou Balotelli is a loser… Un second degré assumé et des boutades irrévérencieuses selon le créateur de la marque.

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Mais deux autres modèles sont accusés de porter un message homophobe : C. Ronaldo is gay (Cristiano Ronaldo est homo), Maradona Maricon (Maradona pédé). Si le créateur de la marque se défend de délivrer un message insultant à l’égard des homosexuels et parle de simples provocations, les sites AAVAZ et All Out ont lancé une pétition pour protester contre la mise en vente de ces T-shirts.

Les modèles en question, en plus de faire le buzz pour la marque, ont connu un grand succès et se sont vendus très rapidement au prix de 85 $ l’unité.

Les déclarations les plus homophobes du football

Au lendemain du coming out de Thomas Hitzlsperger, ancien international allemand, dans une interview donnée au magazine Die Zeit, quelques joueurs en activité ont salué le courage de l’ancien joueur d’Everton. Force est de constater qu’il n’est pas facile d’être homo et footballeur professionnel, à en croire les nombreuses déclarations homophobes recensées dans le monde du ballon rond. Florilège.

Marcos Ceara sous les couleurs du PSG lors d'un match contre l'Atlético Madrid en 2009. Photo : psgmag.net.flickr.cc
Marcos Ceara sous les couleurs du PSG lors d’un match contre l’Atlético Madrid en 2009. Photo : psgmag.net.flickr.cc

Alex, défenseur du PSG, et Marcos Ceara, ancien joueur du PSG, et pasteur évangélique
Mercredi 8 janvier, Canal + Sport diffuse dans son émission « Enquêtes de foot » un documentaire – Jésus Football Club – sur la ferveur religieuse des joueurs sud-américains sur les terrains de football. Alex, défenseur brésilien du PSG, lâche au cours de l’interview : « Dieu aurait créé non pas Adam et Eve mais Adam et Yves » à propos de sa position sur l’homosexualité. Marcos Ceara, qui a baptisé Blaise Matuidi actuel milieu de terrain des Bleus, déclare quant à lui : « Je ne suis pas vraiment pour l’homosexualité. Cela sort un petit peu du projet de Dieu ».

Sep Blatter, actuel président de la FIFA
Lors d’une conférence de presse en 2010 à propos de l’attribution de la Coupe du Monde au Qatar en 2022 et du respect des droits LGBT : « Je pense qu’ils (les homosexuels) devraient juste s’abstenir de toute activité sexuelle ». Devant une assemblée gênée, il précise : « Nous sommes ouverts à tous et je crois qu’il ne devrait y avoir aucune discrimination pour aucun être humain ». Une précision utile.

Antonio Cassano, attaquant italien, international
Il répond en conférence de presse à des rumeurs à propos de deux joueurs de la sélection italienne métrosexuels et homosexuels : « C’est quoi un métrosexuel ? S’il y a des « pédés » c’est leur problème, j’espère qu’il n’y en a pas dans l’équipe nationale. Mais s’ils sont « pédés » c’est leur affaire. Y en-a-t-il ? Je ne sais pas. » L’UEFA le condamne à 15 000 euros d’amende. Il présente des excuses dans la foulée.

Didier Deschamps en 2011, alors entraineur de l'OM. Photo : mustapha.ennaimi.flickr.cc
Didier Deschamps en 2011, alors entraineur de l’OM. Photo : mustapha.ennaimi.flickr.cc

Didier Deschamps, ancien joueur et international français, sélectionneur de l’équipe de France
Entraîneur de la Juventus Turin au moment de sa remontée en Série A en 2007, il s’exprime sur la couleur rose du maillot de la Vieille Dame créé pour fêter le retour du club dans l’élite : « Cette couleur ne me plaît pas parce qu’en France c’est la couleur des gays. » Il revient quelques jours plus tard sur ces propos : « Je me suis rendu compte que j’ai fait une plaisanterie maladroite qui peut avoir blessé la sensibilité de nombre de personnes auxquelles je fais mes excuses ».

Mateja Kezman, directeur sportif du FK Vojvodina
Ancien joueur de Chelsea et du PSG reconverti directeur sportif en Serbie, interrogé par un journaliste à propos de la participation de Louis Van Gaal, Ronald de Boer et le président de la fédération néerlandaise de football à la Gay Pride d’Amsterdam à l’été 2013, Kezman déclare : « L’homosexualité est une maladie qu’on ne doit pas promouvoir. J’ai un problème avec ça. Je n’aimerais pas si la Fédération Serbe de Football décidait de supporter la cause gay ».

Guy Lacombe, ancien entraineur de Sochaux, de Rennes, de Monaco et du PSG, actuel responsable de la formation des cadres techniques de la DTN (Direction Technique Nationale) de la Fédération Française de Football
En conférence de presse en 2009 après une défaite de son équipe – Monaco – contre Valenciennes à propos de la prestation de ses joueurs, il ose une comparaison glissante : « Moi j’ai trouvé que certains faisaient du patinage artistique ce soir. À votre avis, c’est un sport de quoi…? ». Bonne question.

Marcello Lippi, entraineur italien, ancien sélectionneur de l’équipe nationale
Les propos datent de 2009 à l’occasion de l’annonce de la liste de joueurs pour la Coupe du Monde : « Je crois que, parmi les joueurs, il n’y a pas d’homosexuels. En 40 ans de carrière, je n’en n’ai jamais rencontré et on ne m’en a jamais parlé ».

Vlatko Markovic, ancien joueur croate, ancien entraineur et ancien président de la Fédération Croate de Football
A la question posée par un journaliste : « Avez-vous déjà rencontré un joueur gay ? », la réponse du président de la Fédération Croate fuse : « Non, heureusement qu’il n’y a que des personnes saines qui jouent au football ». Devant le tollé que provoque cette réponse, feu Vlatko Markovic présente ses excuses et affirme qu’il n’a « absolument rien contre des représentants des minorités, et en particulier celles aux penchants homosexuels ». Ouf. L’UEFA l’a quand même condamné à 10 000 euros d’amende.

Louis Nicollin, président du club de Montpellier
A l’issue d’un match de Ligue 1 entre Auxerre et Montpellier en 2009, Louis Nicollin s’exprime sur la performance de Benoît Pedretti, joueur Bourguignon : « Pedretti a tout commandé sur le terrain, mais celui-là, quand il viendra à Montpellier, on va s’en occuper. Ce type est une petite tarlouze! ». Interrogé quelques mois plus tôt dans la presse : « Un clip sur le racisme, je suis prêt à le passer dès demain matin. Mais sur l’homophobie… Après, ce sera quoi, les femmes battues ? ». Plus tard, il participe à un clip de lutte contre l’homophobie. Comme quoi tout est possible.

Football et homosexualité : Y a-t-il un problème?

« Tarlouze, pédé, tapette »… Ces insultes à caractère homophobe sont légions sur de nombreux terrains de football et dans les travées d’un grand nombre de stades. La présence de l’homophobie y est palpable, des tournois de quartiers aux instances nationales et mondiales. Et pourtant, certaines institutions et clubs essayent de changer les mentalités depuis quelques années. En ce 17 mai, journée mondiale de lutte contre l’homophobie, Coups de Tête présente un état des lieux de la perception de l’homosexualité dans ce sport.

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Le PSG et l’AJA réunis contre l’homophobie le 24 octobre 2010

En traitant Thiago Silva de « transsexuel en surpoids » le 2 avril dernier sur Twitter, Joey Barton symbolise une certaine normalisation de l’homophobie en place dans le football depuis plusieurs années. Alors que le débat sur l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples de même sexe a fait l’objet d’une contestation virulente depuis plusieurs mois et a libéré la parole homophobe, le football ne semble pas déroger à cette ambiance aux mots décomplexés. Depuis toujours, une omerta plane sur l’homosexualité dans ce sport: les footballeurs n’osent pas faire leur coming-out. Surtout lorsque certains ne se gênent pas pour véhiculer des idées aux vieux relents d’homophobie.

Marcelo Lippi possède un CV à faire pâlir beaucoup d’entraîneurs en activité : champion d’Italie à plusieurs reprises et vainqueur de la Ligue des Champions avec la Juventus, il a également remporté la Coupe du Monde avec l’Italie en 2006. Une référence en la matière en somme. En 2009, alors sélectionneur de la Nazionale, il affirmait dans un entretien accordé à la chaîne YouTube Klauscondicio : « Je n’exclurais jamais un gay de la Nazionale, mais je pense qu’il serait difficile qu’un joueur puisse vivre de façon naturelle son homosexualité ». Comme à son habitude, l’actuel entraîneur du club chinois Guangzhou Evergrande ne mâche pas ses mots en inscrivant ici l’homosexualité dans le football comme déviant. Il sous-entend même que cette orientation sexuelle serait un facteur d’ostracisme au sein d’un effectif d’un club de football, qu’il serait impossible d’être à la fois homosexuel et footballeur. Comme quoi le succès et le bon sens ne vont pas toujours de pair… Et les exemples sont nombreux : en 2007, Didier Deschamps, alors entraîneur de la Juventus, avait critiqué les maillots extérieurs rose de son équipe, les qualifiant de « couleur de gays en France » ; le président de la fédération croate Vlatko Markovic avait affirmé en 2010 qu’aucun joueur homosexuel ne porterait le maillot de la sélection nationale, puisque « seulement les gens sains jouent au football » ; la coach de l’équipe nigériane lors de la dernière Coupe du Monde féminine avait quant à elle déclaré : « depuis que je suis sélectionneuse, le problème est réglé. Il n’y a plus de joueuses lesbiennes dans mon équipe.»

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Couverture du Sun du 22 octobre 1990

Une homophobie ambiante qui pèse lourd sur certains footballeurs. Au point que dans l’histoire de ce sport, un seul joueur en activité a osé avouer son homosexualité. Ancien international espoir anglais, Justin Fashanu a souffert pendant toute sa carrière du fait de son homosexualité. Arrivé en 1981 à Nottingham Forest avec une étiquette de future vedette du football britannique, il doit faire face à un Brian Clough, entraîneur de l’époque, pour le moins… borné. Il lui interdit très vite l’accès aux entraînements après avoir entendu des rumeurs sur des sorties nocturnes du joueur dans des établissements gays. Il va même jusqu’à l’attaquer ouvertement, comme en témoigne un extrait de son autobiographie(1) :

Clough : « Où vas-tu si tu veux acheter une baguette de pain ? »
Fashanu : « Chez le boulanger. »
Clough : « Et où vas-tu si tu veux acheter un gigot d’agneau ? »
Fashanu : « Chez le boucher »
Clough : « Alors qu’est-ce que tu vas foutre tous les soirs dans ce bar à pédés ? »

Au fil des années, sa situation et sa carrière se détériorent. Il ne retrouve plus le rendement de ses débuts, enchaîne des clubs modestes et des blessures à répétition. Tout bascule le 22 octobre 1990. Alors âgé de 29 ans, Justin Fashanu fait son coming-out dans une interview accordée au Sun et devient ainsi le premier footballeur gay encore en activité à dévoiler son orientation sexuelle : c’est un séisme au Royaume-Uni. Son propre frère, John Fashanu, également footballeur professionnel, le désavoue, affirmant que le football est un sport d’hommes et que les homosexuels n’ont pas de place sur la pelouse. La famille avant tout comme on dit… Justin Fashanu met fin à ses jours le 2 mai 1998, après avoir été accusé aux Etats-Unis d’agression sexuelle envers un adolescent de 17 ans (une accusation démentie après son décès). Dans sa lettre de suicide, il déclare notamment « ne plus vouloir embarrasser sa famille et ses amis ». Un coming-out pour le moins dissuasif.

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Couverture du Têtu n°166

Comment expliquer ce rejet de l’homosexualité dans le football ? Le rapport commandé par le Paris Foot Gay et rendu public le 30 avril dernier donne un début d’explications. Menée auprès de 13 clubs de Ligue 1 et de Ligue 2, cette étude tend à démontrer que l’homophobie est la principale discrimination constatée dans le football. 41 % des footballeurs professionnels et 50 % des jeunes en formation interrogés manifestent un ressentiment envers l’homosexualité. Une homophobie qui est même facteur d’intégration dans les centres de formation, où les jeunes sont souvent livrés à eux-mêmes, loin de leurs familles. En pleine adolescence, ces jeunes footballeurs désirent très vite s’intégrer aux autres, quitte à embrasser des convictions de manière maladroite et souvent mal comprises.

L’omerta en place dans ce sport n’arrange pas les choses. 63% des pros et 74% des jeunes joueurs évoquent l’homosexualité comme un sujet tabou. Là-aussi, l’intégration peut être mise en avant comme explication de ce phénomène. On note depuis plusieurs années un certain conformisme chez certains footballeurs : avoir des voitures à un prix exorbitant, porter certaines marques de vêtements, etc. Et à l’image de ces signes distinctifs, ce silence ne serait qu’un simple mimétisme. Un joueur préfère ne pas parler pour mieux se fondre avec ses coéquipiers.

En outre, ce tabou est un frein à l’épanouissement d’un footballeur homosexuel qui, souvent, vit très mal son orientation sexuelle dans ce sport. La carrière de Justin Fashanu peut en témoigner. Annoncé comme le futur espoir du football anglais, il n’a jamais réussi à percer et a enchaîné une vingtaine de clubs tous plus modestes les uns que les autres. Cette intolérance pèse sur la vie d’un joueur de football, le freine mentalement et influe sur ses prestations lors des matches. Et parfois, écourte une carrière : ainsi, Robbie Rogers, international américain de 25 ans évoluant en troisième division anglaise, a raccroché les crampons après avoir annoncé son homosexualité. Il a fait les jeux de Pékin, il a pris du plaisir sur le terrain. Et pourtant, il confirme aussi qu’il est trop difficile d’être gay et joueur professionnel.

Mais depuis quelques années, les équipes de football se mobilisent face à cette discrimination. Huit clubs professionnels français (dont le PSG), sur quarante, ont déjà signé la Charte contre l’homophobie, qui dénonce et lutte contre l’intolérance. Au-delà des clubs, ce sont également les joueurs qui s’engagent personnellement dans ce combat. En mai 2011, des footballeurs, en compagnie d’autres sportifs, ont participé à un clip de prévention et de lutte contre l’homophobie dans le football. On y retrouve des joueurs comme Nicolas Douchez (gardien du PSG), Romain Danzé (défenseur de Rennes) ou encore Miralem Pjanic (ancien milieu offensif de l’OL). Même Louis Nicollin(2) en est. Un seul mot d’ordre : dire non à l’homophobie.

Olivier Giroud a tenté de briser le tabou en faisant la couverture du magazine gay et lesbien Têtu. Dans cette interview, l’attaquant d’Arsenal n’hésite pas à dire qu’il ne fait « aucune différence » entre « un homo et un hétéro ». Ancienne gloire du PSG, David Ginola a également posé pour Têtu et y a déclaré : « Je serai du côté des joueurs faisant leur coming-out »(3). Olivier Rouyer, ancien coéquipier de Michel Platini à Nancy, est sorti du placard après sa retraite sportive. Il est désormais consultant football sur Canal Plus et qu’importe son orientation sexuelle, il fait partie des experts de la chaîne cryptée et affirme n’avoir jamais été mis à l’écart jusqu’à présent. Un message d’espoir.

Des initiatives sont prises également dans les tribunes. Les supporteurs bordelais du groupe Ultramarines ont manifesté leur engagement dans la lutte contre l’homophobie lors du match face à Montpellier le 14 avril dernier avec une banderole déployée le long du Virage Sud sur laquelle on pouvait lire : « Virage Sud contre l’homophobie ». Autre exemple de cette prise de conscience, lors du match face au Chivas USA le 14 mai dernier, les supporteurs des Timbers de Portland ont organisé un tifo aux couleurs du rainbow flag, symbole de la communauté homosexuelle assorti du message : « une fierté, pas un problème ».

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Banderole des Ultramarines lors du match Bordeaux-Montpellier du 14 avril 2013

Dans le football professionnel, l’homophobie reste la norme, certes. Mais Deschamps s’est excusé, Ginola aidera des homosexuels à s’outer, Louis Nicollin a participé à un clip de soutien, des supporters revendiquent leur tolérance en tribune, tandis qu’aux Etats-Unis, des sportifs encore en activité font leur coming-out : ça ne va pas vite, mais ça va quand même, et c’est là l’essentiel.

 

(1) Tiré de l’article Le destin pas fabuleux du tout de Justin Fashanu, du blog Teenage Kicks.
(2) Le président de Montpellier avait été suspendu deux mois pour avoir traité Benoit Pedretti de « petite tarlouze », après un match de Ligue 1.
(3) Après avoir déclaré sur le plateau du Grand Journal de Canal + : « Dans les attitudes, je n’ai jamais vu quelqu’un [un homosexuel] qui ressemblait de près ou de loin avec des manières de quelqu’un du côté obscur de la force (sic) ».

Par Nick Carvalho et Sophie Cucheval