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Everton-Liverpool : Mersey Paradise

Il y a des derbys qui sentent la poudre dès l’entrée au stade. Il y en a d’autres qui sont fabriqués de toutes pièces par les médias. Et il y a le derby entre Liverpool et Everton. Surnommé le friendly derby (le derby amical), ce match entre les deux grands clubs de Liverpool transgresse tous les codes d’une rivalité classique. Portrait d’une rivalité pas comme les autres.

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A chaque Merseyside derby (du nom du fleuve, la Mersey, qui traverse la ville), c’est la même chose. Que ce soit à Goodison Park, stade d’Everton F.C, ou à Anfield, antre de Liverpool F.C, on y retrouve des tribunes bigarrées dans lesquels le bleu côtoie volontiers le rouge. Symbole d’une rivalité qui déchire des familles, des amitiés sans pour autant les briser. Oui, à Liverpool, il n’est pas rare d’y voir des supporteurs des Reds et des Toffees dans une même fratrie. Cette rivalité dépasse tout simplement tous les clivages inimaginables.

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Géographiquement tout d’abord. Les deux stades des clubs rivaux, seulement séparés par un parc, se situent à moins de deux kilomètres l’un de l’autre. Everton, premier club de football de Liverpool créé en 1878, a d’ailleurs été la première équipe à évoluer sur la pelouse d’Anfield. Exaspéré par le prix de plus en plus exorbitant demandé par le propriétaire du stade de l’époque John Houlding, les sociétaires d’Everton FC décident de déménager, en 1892, dans le stade voisin, Goodison Park, qu’ils rachètent pour quelques milliers de pound. Houlding, voyant son stade se vider, décide donc de créer son propre club qu’il veut d’abord nommer … Everton Athletic ! Il essuie finalement un refus de la ligue de football anglaise et décide ainsi de l’appeler Liverpool F.C ! La rivalité peut enfin commencer.

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Alors qu’un derby comme l’Old Firm en Ecosse cristallise les tensions religieuses du pays, avec les catholiques du Celtic Glasgow d’un côté et les protestants des Glasgow Rangers de l’autre, il semble bien plus compliqué d’en dire de même pour le Merseyside derby. Pourtant, dans les années 50 et 60, Everton était souvent identifié comme le club catholique de la ville. Et pour cause, le club avait à l’époque recruté plusieurs célèbres joueurs irlandais et catholiques comme Tommy Eglington ou encore Peter Farrell. L’équipe des Reds, quant à elle, avait d’abord refusé en 1979 de recruter Ronnie Whelan, autre irlandais catholique, provoquant ainsi une vive polémique qui sera de courte durée puisqu’il est finalement enrôlé dans l’équipe quelques mois plus tard. Plus de simples conjectures que de faits réels et avérés, l’antagonisme en place dans la ville liverpuldienne ne s’explique par une dichotomie religieuse.

Ronnie WHELAN Panini Liverpool 1987

Il en va de même pour les critères politiques, économiques ou sociaux. Il est ainsi impossible d’établir des indices précis et incontestables expliquant l’appartenance d’un supporteur à un des deux clubs. L’affiliation ne peut s’expliquer que par un caractère aléatoire : une transmission de père en fils par exemple voire une adhésion à un club en fonction des résultats de celui-ci. Liverpool est un cas à part dans une Angleterre profondément ancrée dans une « culture foot ».

Et logiquement, cela se ressent lors des matches. Les amoureux des confrontations sulfureuses et agressives ne seront pas servis avec le friendly derby. On oublie les hooligans les plus virulents de la Perfide Albion. Ici, le respect règne entre les deux équipes, aussi bien dans les tribunes que sur le terrain. A titre d’exemple, de 1902 à 1932, les deux clubs partageaient le programme distribué avant les matches. Un comble pour deux clubs rivaux ! Cette fraternité se manifeste même jusque chez les fans. Après le drame d’Hillsborough en 1989 qui a causé la mort de 96 personnes, les supporteurs des deux clubs ont fait front ensemble face au Sun qui menait à l’époque une ligne éditoriale outrancière et mensongère sur les supporteurs de Liverpool F.C. qu’ils jugeaient responsables de ce terrible accident. Depuis lors, Everton commémore chaque année en compagnie de son club rival ce triste anniversaire, symbole d’un ville unie et soudée dans l’horreur. L’entente entre les deux clubs n’a pourtant pas toujours été aussi cordiale. Après l’accident du Heysel en 1985, autre drame qui a marqué Liverpool F.C, tous les clubs anglais ont été bannis de toutes compétitions européennes pendant trois ans, causant notamment l’ire des supporteurs d’Everton, furieux de se voir exclure d’une compétition à cause d’un événement dans lequel ils ne sont même pas impliqués. Une colère qui ne se dissipera finalement qu’avec le drame d’Hillsborough…

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Le Merseyside derby est définitivement un des rendez-vous incontournables du football anglais : 194 matches disputés jusqu’à présent dont le premier ayant eu lieu lors de la saison… 1894–95 ! Les plus grandes légendes d’Everton et de Liverpool ont toutes marqué de leur empreinte cette rencontre phare du championnat britannique : Dixie Dean pour le premier, Ian Rush ou Steven Gerrard pour le second. Elles se sont aussi bien distinguées par des buts que par des duels plus âpres et acharnés, dirons-nous…

Les deux clubs ont également établi un record de longévité toujours en cours : depuis la saison 1962-1963, la confrontation entre les deux clubs de Liverpool est le seul derby à encore se jouer en Premier League sans discontinuité. Ni les Manchester City-Manchester United, les Tottenham-Arsenal ou encore Chelsea-Fulham n’ont réussi pareil exploit.

Au-delà de la simple rivalité entre les deux clubs, la ville de Liverpool se distingue également par sa suprématie sur le championnat anglais. Avec 27 titres de champions cumulés, Liverpool dépasse Londres et Manchester comme la ville la plus titrée en Angleterre. Une prouesse pour une si petite ville… Alors, du football, de la bonne musique et de l’amour à revendre… Le friendly derby serait-il la recette miracle d’un succès assuré ?