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La Bundesliga, nouvelle hype du football européen ?

Championnat trop souvent délaissé face à l’ogre anglais, la Bundesliga retrouve depuis ses dernières années ses lettres de noblesse. Alors qu’on ne jurait que par Arsenal ou Manchester United, le monde du foot s’émerveille désormais devant le Bayern Munich et le Borussia Dortmund. Comment expliquer un tel regain de popularité ?

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« L’exemple à suivre, c’est Dortmund ». Vincent Labrune, dans une interview accordée à l’Equipe le 1er août dernier, a annoncé la nouvelle stratégie à long terme de la direction phocéenne afin de résister aux mastodontes monégasques et parisiens. Et pour illustrer ses propos, le président de l’Olympique de Marseille n’a pas choisi n’importe quelle équipe comme modèle : le Borussia Dortmund, club réputé pour sa politique de formation, son jeu léché et son équilibre financier. Mais cette déclaration est avant tout symbolique d’une nouvelle tendance. La Bundesliga est devenu la nouvelle tendance en Europe, le championnat à suivre.

Une Bundesliga mise de côté il y a encore quelques années…

Et pourtant, la donne était totalement différente il y a encore quelques années. La Buli a pendant longtemps souffert d’un manque d’attractivité criant. Le championnat allemand n’était pas assez sexy aux yeux des spécialistes de football, et ce notamment dans l’hexagone, où il a très rarement eu bonne presse.

Plusieurs facteurs entrent en ligne de compte pour expliquer cette négligence (mépris ?). Nombre de Français ont eu énormément de mal à digérer l’affaire Battiston, au point de raviver des relents germanophobes datant de la Seconde Guerre mondiale. Jean-Pierre Lacour, dans le Figaro du 10 juillet 1982, écrivait ainsi : « Les Allemands n’avaient pas caché leurs intentions : imposer leur force et leur esprit de corps aux Français. Termes militaires qui expriment le doute qu’ont encore nos voisins sur le courage physique des Français en général… »[1] Un déficit de popularité qui dépasse le simple cadre du football. L’Allemagne est considérée par l’entremise de stéréotypes plus rétrogrades les uns que les autres : langue agressive, peuple discipliné et sérieux, etc.

Conséquence, la Bundesliga est peu suivie et peu de joueurs français prennent le risque de franchir la frontière franco-allemande. Johan Micoud, Bixente Lizarazu ou encore Valérien Ismaël ont tenté d’ouvrir la voie dans les années 2000 mais la destination allemande est loin d’être la plus privilégiée chez les footballeurs français.

… qui attire désormais les plus grandes vedettes d’Europe !

Une tendance qui est en train de changer de nos jours. La Bundesliga fait figure de championnat phare du Vieux Continent et attire de plus en plus de joueurs confirmés qui n’y auraient pas signé il y a encore quelques années : Thiago Alcantara ou encore Mkhitaryan ont par exemple éconduit des offres anglaises pour garnir les rangs de clubs allemands. La venue du technicien Guardiola, sans doute l’entraîneur le plus côté à l’heure actuelle, sur le banc du Bayern va dans le même sens. Même cas de figure pour les joueurs de la Ligue 1/Ligue 2 : Christopher Jullien, Anthony Modeste, Pierre-Emerick Aubameyang ont à leur tour rejoint des clubs de la Buli.

Un revirement de situation qui s’explique notamment par le jeu pratiqué dans ce championnat. En Bundesliga, on est loin des défenses hermétiques et des tactiques défensives de la Ligue 1 : la prime est à l’offensif, au beau jeu et aux tirs de loin. Un programme forcément alléchant pour tout joueur de football.

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Une évolution de l’attractivité allemande qui se ressent sur les droits de retransmissions télévisuelles de la Bundesliga en France. Pour la période 2012-2015, Canal+ et BeIN Sport déboursent ainsi 23 millions d’euros par an pour la retransmission des matches de la Bundesliga et Serie A italienne. Soit près du double du montant du précédent contrat, qui était estimé à 12,5 millions d’euros par an !

Cette attractivité naissante de la Bundesliga est une tendance inhérente au football. A chaque époque, son championnat phare. Dans les années 90, la Serie A était le championnat de référence en Europe. C’est ensuite la Premier League et son Big Four qui ont trusté les succès au début du XXIème siècle. La Liga espagnole a pris le relais au milieu des années 2000, symbolisée par le duel Real Madrid-Barcelone. Place maintenant à la Bundesliga !

[1] Tiré de « Terrain miné : Quand la politique s’immisce dans le football » de Chérif Ghemmour