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Prison ferme pour Uli Hoeness !

Le verdict est enfin tombé : trois ans et six mois de prison ferme pour Uli Hoeness. Condamné pour fraude fiscale ce jeudi, le désormais ancien président du Bayern Munich a décidé de ne pas faire appel et de purger sa peine. Retour en trois points sur une affaire qui aura secoué l’ensemble de la société allemande.

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Uli Hoeness (Crédits : Wikimedia Commons)

Pourquoi Hoeness est-il condamné ?

Celui qu’on appelle outre-Rhin « le roi de la saucisse » a été condamné à trois ans et six mois de prison ferme pour fraude fiscale. En cause, la modique somme de 27,2 millions d’euros qui n’a pas été déclarée au fisc allemand depuis 2003. Un véritable camouflet pour ce dirigeant étiqueté comme étant un donneur de leçons dans le Landerneau footballistique, toujours avide de commentaires caustiques à l’égard de clubs aux politiques financières pas forcément vertueuses. Une sentence d’autant plus cinglante pour l’ancienne gloire du football allemand qu’il avait, dans un premier temps, admis ne pas avoir déclaré une somme qu’il avait estimé à hauteur de… 3,5 millions d’euros ! Pour comprendre d’où vient cet argent, il faut remonter en 2003. Robert Louis-Dreyfus, alors président de l’Olympique de Marseille, lui avait prêté 20 millions d’euros sur un compte suisse. Hoeness avait utilisé cette somme à des fins spéculatives, avec plus ou moins de succès. En août 2011, la Suisse et l’Allemagne signent une convention bilatérale obligeant les ressortissants allemands résidant en Suisse à payer leurs impôts de l’autre côté de la frontière. Hoeness, lui, préfère ignorer cette nouvelle directive.

Toujours dans l’illégalité, Uli Hoeness voit l’étau se resserrer autour de sa personne en janvier 2013. Le magazine Der Stern affirme enquêter sur une personnalité du football allemand qui possède un compte en Suisse. Quelques jours après cette révélation, le président du Bayern décide de prendre les devants en lançant une procédure d’auto-dénonciation auprès du fisc. Pensant échapper au pire, Hoeness voit finalement le scandale éclater quelques mois plus tard avec le magazine Focus qui révèle la procédure en cours.

Lors de ce procès qui a duré quatre jours, ses avocats ont plaidé pour un simple sursis, arguant que leur client s’était lui-même dénoncé, de bonne volonté, au fisc allemand. En le condamnant à plus de trois ans de prison ferme, les juges ont surtout considéré que cette auto-dénonciation n’était que le fruit d’une mûre réflexion du président du Bayern dont le but était de s’éviter les foudres de la presse allemande et une trop lourde sanction pécuniaire. Dans un communiqué, il a annoncé hier qu’il avait l’intention de ne pas faire appel de cette condamnation.

Quelle a été la position du Bayern Munich pendant cette affaire ?

Durant ce scandale, les dirigeants et les joueurs n’ont pas dérogé à l’une des maximes qui façonnent l’identité singulière du club au regard des autres équipes continentales : rester solidaire, et ce, en toutes circonstances. Le Bayern avait déjà soutenu mordicus un Ribéry en pleine tourmente dans l’affaire Zahia. Il en avait fait de même avec Breno, jeune défenseur brésilien qui avait sombré, notamment dans l’alcool, au point d’avoir incendié intentionnellement sa villa dans le but d’empocher l’argent de l’assurance. Il avait été condamné à l’époque à 3 ans et 9 mois de prison ferme. Après un an d’incarcération, Breno a recouvré sa liberté l’été dernier, en conditionnelle, et a retrouvé sa famille bavaroise en fils prodigue, non pas en tant que joueur de football, mais en tant qu’entraîneur adjoint de l’équipe réserve.

Dans le cadre de l’affaire Uli Hoeness, la position des personnalités munichoises n’a pas bougé d’un iota. Franck Ribéry lui a dédié la qualification du club en quarts de finale de Ligue des Champions obtenue en milieu de semaine aux dépens d’Arsenal : « Uli Hoeness est une personne très importante pour nous. C’est un grand monsieur pour le club. On est avec lui. On va croiser les doigts pour que ça se passe super bien pour lui. Mais en tout cas on a besoin de lui. On ne voit pas le Bayern sans Hoeness. C’était important de faire un bon résultat, de se qualifier pour lui. On est tous avec lui. » Présent dans la tribune d’honneur de l’Allianz Arena mardi soir, Hoeness a également été défendu par Karl-Heinz Rummenigge, autre dirigeant emblématique du club, qui a écarté d’un revers de main tout début de polémique : «Le Bayern Munich, c’est lui tout simplement donc il est normal qu’il soit ici.»

Quid de son avenir au club ?

Son intention d’exécuter sa peine ne laissait guère de doute à ce sujet. Uli Hoeness a annoncé, dans le communiqué cité précédemment, sa démission des postes de président du FC Bayern Munich et du conseil de surveillance, voulant préserver son club « de tout préjudice. » Il a profité du même coup pour affirmer son amour conditionnel d’un club qu’il aura mené d’une main de maître depuis novembre 2009, avec notamment une Ligue des Champions à la clé en 2013 : « Le FC Bayern Munich est l’œuvre de ma vie et le restera toujours. Je resterai lié à ce club fantastique et à ses membres d’une autre manière, aussi longtemps que je serai en vie », a-t-il écrit, « remerciant du fond du cœur ses amis et les membres du FC Bayern pour leur soutien ». L’annonce de son successeur ne s’est pas faite attendre : Karl Hopfner, vice-président et membre du Comité exécutif du conseil de surveillance du Bayern, aura la lourde tâche de prendre les rênes d’un club au firmament du football européen.

La Bundesliga, nouvelle hype du football européen ?

Championnat trop souvent délaissé face à l’ogre anglais, la Bundesliga retrouve depuis ses dernières années ses lettres de noblesse. Alors qu’on ne jurait que par Arsenal ou Manchester United, le monde du foot s’émerveille désormais devant le Bayern Munich et le Borussia Dortmund. Comment expliquer un tel regain de popularité ?

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« L’exemple à suivre, c’est Dortmund ». Vincent Labrune, dans une interview accordée à l’Equipe le 1er août dernier, a annoncé la nouvelle stratégie à long terme de la direction phocéenne afin de résister aux mastodontes monégasques et parisiens. Et pour illustrer ses propos, le président de l’Olympique de Marseille n’a pas choisi n’importe quelle équipe comme modèle : le Borussia Dortmund, club réputé pour sa politique de formation, son jeu léché et son équilibre financier. Mais cette déclaration est avant tout symbolique d’une nouvelle tendance. La Bundesliga est devenu la nouvelle tendance en Europe, le championnat à suivre.

Une Bundesliga mise de côté il y a encore quelques années…

Et pourtant, la donne était totalement différente il y a encore quelques années. La Buli a pendant longtemps souffert d’un manque d’attractivité criant. Le championnat allemand n’était pas assez sexy aux yeux des spécialistes de football, et ce notamment dans l’hexagone, où il a très rarement eu bonne presse.

Plusieurs facteurs entrent en ligne de compte pour expliquer cette négligence (mépris ?). Nombre de Français ont eu énormément de mal à digérer l’affaire Battiston, au point de raviver des relents germanophobes datant de la Seconde Guerre mondiale. Jean-Pierre Lacour, dans le Figaro du 10 juillet 1982, écrivait ainsi : « Les Allemands n’avaient pas caché leurs intentions : imposer leur force et leur esprit de corps aux Français. Termes militaires qui expriment le doute qu’ont encore nos voisins sur le courage physique des Français en général… »[1] Un déficit de popularité qui dépasse le simple cadre du football. L’Allemagne est considérée par l’entremise de stéréotypes plus rétrogrades les uns que les autres : langue agressive, peuple discipliné et sérieux, etc.

Conséquence, la Bundesliga est peu suivie et peu de joueurs français prennent le risque de franchir la frontière franco-allemande. Johan Micoud, Bixente Lizarazu ou encore Valérien Ismaël ont tenté d’ouvrir la voie dans les années 2000 mais la destination allemande est loin d’être la plus privilégiée chez les footballeurs français.

… qui attire désormais les plus grandes vedettes d’Europe !

Une tendance qui est en train de changer de nos jours. La Bundesliga fait figure de championnat phare du Vieux Continent et attire de plus en plus de joueurs confirmés qui n’y auraient pas signé il y a encore quelques années : Thiago Alcantara ou encore Mkhitaryan ont par exemple éconduit des offres anglaises pour garnir les rangs de clubs allemands. La venue du technicien Guardiola, sans doute l’entraîneur le plus côté à l’heure actuelle, sur le banc du Bayern va dans le même sens. Même cas de figure pour les joueurs de la Ligue 1/Ligue 2 : Christopher Jullien, Anthony Modeste, Pierre-Emerick Aubameyang ont à leur tour rejoint des clubs de la Buli.

Un revirement de situation qui s’explique notamment par le jeu pratiqué dans ce championnat. En Bundesliga, on est loin des défenses hermétiques et des tactiques défensives de la Ligue 1 : la prime est à l’offensif, au beau jeu et aux tirs de loin. Un programme forcément alléchant pour tout joueur de football.

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Une évolution de l’attractivité allemande qui se ressent sur les droits de retransmissions télévisuelles de la Bundesliga en France. Pour la période 2012-2015, Canal+ et BeIN Sport déboursent ainsi 23 millions d’euros par an pour la retransmission des matches de la Bundesliga et Serie A italienne. Soit près du double du montant du précédent contrat, qui était estimé à 12,5 millions d’euros par an !

Cette attractivité naissante de la Bundesliga est une tendance inhérente au football. A chaque époque, son championnat phare. Dans les années 90, la Serie A était le championnat de référence en Europe. C’est ensuite la Premier League et son Big Four qui ont trusté les succès au début du XXIème siècle. La Liga espagnole a pris le relais au milieu des années 2000, symbolisée par le duel Real Madrid-Barcelone. Place maintenant à la Bundesliga !

[1] Tiré de « Terrain miné : Quand la politique s’immisce dans le football » de Chérif Ghemmour

Un Uli pas si Hoeness que cela!

Alors que la France tente de se remettre de « l’affaire Cahuzac », voilà qu’un autre scandale vient d’éclater ce week-end dans un pays européen. Uli Hoeness, président du Bayern Munich, a avoué aux autorités allemandes, en janvier dernier, détenir un compte caché en Suisse. Fervent défenseur du fair-play financier mis en place par l’UEFA, Hoeness embarrasse, au-delà de son club, la coalition au pouvoir et surtout la chancelière Angela Merkel dont il se dit « fan ». Une nouvelle qui ne va pas manquer de faire sourire les dirigeants du Paris Saint-Germain…

Munich's President Uli Hoeness grills sausages for supporters before the German Bundesliga first division soccer match against Hertha Berlin in Munich
Jamais sans ma saucisse

La révélation annoncée samedi dernier par l’hebdomadaire Focus a eu l’effet d’une bombe en Allemagne : Uli Hoeness détiendrait un compte caché en Suisse depuis plusieurs années. Il serait même passé aux aveux il y a quelques mois de cela, en janvier, devant le fisc allemand. Une information qui n’a été confirmée ni par les autorités allemandes ni par l’intéressé. Mais pourquoi cette subite confession ? Il faut pour cela revenir quelques mois en arrière : le 12 décembre 2012, la commission mixte paritaire, entre députés du Bundestag et représentants des Länder, ne trouve aucun compromis à propos de l’accord fiscal Rubik, mis en place par la Suisse. Après plusieurs mois de négociations et d’atermoiements, l’accord ne verra pas le jour en Allemagne. Mesure phare du gouvernement suisse, il était censé établir, et ce dès janvier 2013, un traité de double imposition comprise entre 21 % et 41 % pour les placements allemands en Suisse. En outre, les autorités allemandes s’engageaient à ne pas poursuivre les détenteurs de ces comptes pour fraude ou évasion fiscales. Constatant cet échec, Uli Hoeness aurait ainsi préféré prendre les devants et avouer sa terrible faute. Une manière de s’éviter une chasse à l’homme menée par les très caustiques tabloïds allemands. C’est raté.

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Fais gaffe Uli, tu vas te faire piquer ta saucisse !

Plusieurs rumeurs circulent déjà sur le montant de l’amende qu’il a à payer, Bild évoque notamment une amende colossale de 6 millions d’euros à débourser par le président bavarois. Et pour cause, Uli Hoeness est à la tête d’un commerce fort juteux : depuis 1985, il détient une des compagnies leaders en saucisse industrielle, HoWe Wurstwaren, qui a enregistré un chiffre d’affaires de 45 millions d’euros en 2011. A l’image du gouvernement français avec Jérôme Cahuzac, leurs homologues allemands en ressortent embarrassés, d’autant plus que Merkel et Hoeness s’entendaient comme larrons en foire. La chancelière allemande, qui s’est dit déçue du président du Bayern, l’avait rencontré à plusieurs reprises pour « pour échanger leur point de vue sur des sujets de société ». Souvent surnommé « Monsieur Propre » par la presse allemande, Uli Hoeness n’hésitait pas à donner son point de vue sur la politique de son pays. Par exemple, il affirmait en 2005 au magazine Bild qu’il payait toujours ses « impôts plein pot » (sic). Il prônait également une simplification du régime fiscale et se présentait comme un modèle de rectitude financière. Une probité qui se ressent également sur son management au sein du Bayern Munich.

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Y’a d’la joie !

« Mais tout le monde doit être logé à la même enseigne. Pas question que le petit trinque et que le grand n’ait rien, si vous voyez ce que je veux dire »(1). Uli Hoeness n’y était pas allé de main morte en évoquant Malaga et ses arriérés de paiement envers d’autres clubs, son personnel et envers des administrations sociales-fiscales. Il faut dire que le président du Bayern ne transige pas en matière de gestion financière. Depuis plusieurs années, il se fait le chantre de la vieille garde conservatrice face à la récente arrivée des « nouveaux riches » : Abramovitch à Chelsea, Nasser Al-Khelaïfi au Paris Saint-Germain ou encore le Sheikh Mansour à Manchester City… Ces riches propriétaires ont profondément changé le football européen à coups de dizaines de millions dépensés. En avril dernier, il s’était attaqué au PSG en le comparant à «Manchester City qui a aussi beaucoup d’argent mais qui n’a jamais été très performant en Ligue des champions »(2). Président du Bayern Munich depuis plusieurs années, il a fait de ce club un modèle de gestion en matière de football. Sur les vingt dernières années, le club bavarois a été bénéficiaire à dix-neuf reprises. Il engrange chaque année des recettes de plus en plus conséquentes. Alors forcément, voir des clubs avoir des déficits de cent à deux cent millions, ça ne fait pas plaisir à celui qui voit l’arrivée du fair-play financier comme la fin de la triche dans le football européen.

A l’orée d’une demi-finale de Ligue de Champions ô combien importante, cette nouvelle fait désordre au sein de la Bundesliga. Le club munichois et la fédération allemande de football ont préféré ne pas réagir. Uli Hoeness exclut déjà de quitter son poste de président. « J’espère qu’un jour un grand se fera attraper » (3) avait-il dit en parlant des clubs de football… Un vœu en quelque sorte exaucé pour Uli !

(1) (3) So Foot, N°103, dans l’article « Uli Hoop »
(2) 20minutes.fr, 8 avril 2013, « Uli Hoeness: «Le PSG m’inspire du respect mais pas de crainte »