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France-Espagne : un coup à faire?


Les Bleus abordent ce match de qualification pour la Coupe du Monde 2014 dans la meilleure posture qui soit : en tête du groupe, deux points devant l’Espagne, à domicile et dans une bonne dynamique, retrouvée. La Roja, championne du Monde et double championne d’Europe, a tremblé contre la Géorgie et fait match nul contre la Finlande, chez elle. La presse ibérique critique et s’inquiète. C’est le moment pour les Bleus (d’essayer) de faire un coup.

Match Espagne-France, aller des qualifications pour la Coupe du Monde 2014.
Match Espagne-France, aller des qualifications pour la Coupe du Monde 2014.

Les Bleus : les raisons d’y croire

Un 1 partout arraché en Espagne lors du match aller et une excellente dynamique de victoires sur laquelle reste l’équipe de France : les Bleus de Deschamps montrent de bonnes choses dans le jeu depuis quelques matchs. Mieux tactiquement, capable de presser, l’équipe de France a retrouvé des couleurs. Ribéry affiche un très bon niveau; Valbuena – certainement le meilleur joueur- est décisif; Matuidi est indiscutable au milieu de terrain; pour ne citer qu’eux. Des jeunes joueurs, en vue dans leur club, ont intégré l’effectif et leur performance contre la Géorgie est prometteuse : Varanne en défense et Pogba au milieu.
Si Deschamps a encore quelques cas à régler (trouver la bonne charnière en défense centrale et la solution la plus efficace en attaque), il a en revanche insufflé à cette équipe une force mentale dont il a le secret, avec, comme mot d’ordre, son pragmatisme légendaire. Plus forte dans la tête, meilleure dans le jeu, l’équipe de France n’a jamais été aussi capable de faire un résultat contre ce géant mondial. Nul doute que Deschamps saura jouer, dans sa mise en place, avec les faiblesses espagnoles du moment.

L’ambiguïté espagnole

87 % : c’est le pourcentage de possession de balle de l’Espagne à un moment du match contre la Finlande. Dominer n’est donc pas gagner. La Roja n’a pas pu faire mieux qu’un match nul, concédant un but en fin de match. Une période de doute pour l’équipe d’Espagne, très critiquée par le public et les médias : le jeu « à la barcelonaise » fait de très nombreuses passes, n’est plus aussi efficace qu’avant. Les adversaires connaissent la tactique et présentent parfois des solutions pour la contrer, alors que l’équipe de Vincente del Bosque ne s’est pas montrée en mesure, jusqu’à présent, de proposer un autre système de jeu pour se sortir d’une situation compliquée. Piqué et Ramos, joueurs emblématiques de la Roja, ont fait leur mea-culpa après le match contre la Finlande. Preuve que le faux-pas finlandais a ébranlé la confiance espagnole.
N’en reste pas moins la force de l’une des plus grandes équipes de l’histoire : la sélection espagnole ressemble à une « bête blessée » qui aura à cœur de retrouver ses esprits, affirmer sa domination et reprendre la première place du groupe. D’autant qu’elle retrouve au milieu deux joueurs essentiels de retour de blessure – Xavi Alonso et Xavi Hernandez – et un attaquant de grande classe, David Villa. Une Espagne loin d’être sereine ce soir au Stade de France, mais toujours capable de triompher avec classe.

Une génération en or

Rome ne s’est pas faite en un jour… La victoire de la Roja non plus. Des jeunes qui ont tout gagné, un système de jeu testé au Barça depuis Cruyff jusqu’à Guardiola. Retour sur une victoire bien construite.

Iker Casillas. Photo : Alfonso Jimenez.flickr.cc
Iker Casillas. Photo : Alfonso Jimenez.flickr.cc

De sacrés jeunes

3 des 23 champions du monde espagnols ont soulevé le trophée mondial des moins de 20 ans en 1999 au Nigéria : Xavi, Casillas et Carlos Marchena.
L’expérience en compétitions européennes et internationales de jeunes est immense : Fabregas est l’un des meilleurs buteurs de la compétition lors de la coupe du monde des moins de 17 ans en 2003, élu meilleur joueur de ce tournoi, Iniesta est finaliste de la Coupe du Monde des moins de 20 ans en 2003 aux Emirats Arabes Unis, Villa est finaliste lors du championnat d’Europe des moins de 17 ans en 2003, Piqué est finaliste du championnat d’Europe des moins de 17 ans en 2004…

Une pensée de jeu

La Roja s’appuie sur une pensée de jeu, héritée de la grande équipe des Pays-Bas 74. Cruyff a marqué le FC Barcelone de son empreinte tactique et technique. Guardiola en est le fils spirituel sur le banc du club catalan. 7 joueurs sur 23 sont à Barcelone, dont les pièces maîtresses du milieu de terrain Xavi-Iniesta et de la défense centrale Puyol-Piqué. Pedro et Busquets ont également apporté leur talent lors du tournoi.

Une bande de potes

Ils se connaissent depuis gamins et jouent parfois ensemble pendant l’année. Lors des séances d’entraînement, la complicité entre eux était palpable. Les équipes solidaires et collectives – même moyennes – ont réalisé de belles choses pendant la Coupe du Monde. Alors quand en plus, le collectif solide est pétri de talent….

Les joueurs espagnols célébrant la victoire du championnat d'europe 2008. Photo : cabezadeturco.flickr.cc
Les joueurs espagnols célébrant la victoire du championnat d’europe 2008. Photo : cabezadeturco.flickr.cc

La victoire de 2008

Le titre de Champion d’Europe en 2008 a débloqué les espagnols : il leur était possible de remporter un tournoi majeur sans trébucher, avec la manière et l’efficacité. 15 des 23 sont champions d’Europe. Rien de tel qu’une victoire pour fonder solidement un groupe.

La relève

11 joueurs sur 23 ont moins de 25 ans. Et ils sont à bonne école pour progresser : Raúl Albiol, Gerard Piqué, Sergio Ramos, Cesc Fàbregas, Juan Mata, Sergio Busquets, Javi Martínez, David Silva, Pedro, Fernando Llorente, Jesús Navas. Pour ne rien gâcher, ils jouent dans des grands clubs. Pas besoin d’être devin ou Paul Le Poulpe pour savoir que la Roja a encore de nombreux titres devant elle.

Olé!

2 ans après sa victoire lors du Championnat d’Europe, l’Espagne s’adjuge le titre suprême. Emmenée par des joueurs de talent, la formation de Vicente del Bosque remporte la Coupe du monde pour la première fois de son histoire.

Les équipes d'Espagne et du Pays-Bas pendant les hymnes nationaux avant la finale de la Coupe du Monde 2010. Photo : olmed0.flickr.cc
Les équipes d’Espagne et du Pays-Bas pendant les hymnes nationaux avant la finale de la Coupe du Monde 2010. Photo : olmed0.flickr.cc

Le chemin jusqu’à la finale ne fut pas un long fleuve tranquille. L’entrée en matière, d’abord, est ratée. La Suisse bat la Roja, 1-0. Si les ibères font le jeu, comme à leur habitude, ils ne marquent pas. Un manque d’efficacité inquiétant pour une équipe qui monopolise à 70 % le ballon. Seulement voilà : cette année en Ligue des Champions, le FC Barcelone, qui compose le socle de la sélection nationale, a été battue par l’Inter de Milan. Les hommes de Guardiola passaient pour être imbattables mais Mourinho a trouvé et appliqué la parade : laisser le ballon aux Catalans, défendre à 11, étouffer le porteur, gêner la relance, empêcher la liaison entre milieux et attaquants et profiter, si l’occasion se présente, d’une contre-attaque. C’est ce qu’a réussi à reproduire la Suisse : bien en place, elle aura profiter des contre-attaques face à une équipe espagnole pas vraiment habituée à trouver un contradicteur. Pas encore rentrée dans le Mondial non plus, presque suffisante et avec un gardien en plein doute. Première défaite, histoire de se remettre un peu les pieds sur terre. Certainement un mal pour un bien.

Une finale rude dans laquelle de nombreux cartons ont été  distribués. Photo : algermino.flickr.cc
Une finale rude dans laquelle de nombreux cartons ont été distribués. Photo : algermino.flickr.cc

Si techniquement, l’Espagne est au-dessus des autres, les résultats sont timides et mitigés. 1-0 en huitième, quart et demi. Loin des scores spectaculaires de l’Argentine ou de l’Allemagne, l’Espagne assure, fait le minimum. Inquiète parfois aussi. Elle possède incontestablement les meilleurs joueurs du monde : Piqué et Puyol impressionnent en défense, Xavi, Xabi Alonso, Iniesta, Busquests sont les milieux de terrain les plus intelligents du tournoi. La bonne passe, le bon tempo, le bon choix. La classe. Oui, mais… En attaque, on peine à trouver le chemin des filets. Torres passe à côté des matchs. Villa en profite pour s’illustrer et s’impose comme le sauveur, tandis qu’el Niño est relégué sur le banc au profit du jeune Pedro, barcelonais… La Roja donne parfois l’impression de tourner autour de la surface adverse, telle une équipe de Handball, sans trouver la faille.

Contre les Pays-Bas en finale, il n’y avait pas photo. L’Espagne est un cran au-dessus techniquement et collectivement. Alors, tactiquement, les Pays-Bas optent pour la force : empêcher les espagnols de mettre en place et développer leur jeu passera par un combat rugueux et pas forcément correct. 8 cartons jaunes, 1 rouge pour les Oranje. Et c’est un moindre mal compte-tenu des fautes commises. Les Espagnols s’engagent aussi physiquement, à la limite parfois, et retombent dans leur travers : faire le jeu, garder le ballon, tourner autour de l’adversaire, sans marquer. L’atmosphère est tendue et la crispation palpable. Iniesta délivre les siens à la 113è minute. Tout un symbole pour ce milieu de terrain intelligent et doué, simple et discret, qui dédie cette victoire à deux jeunes joueurs de football espagnols décédés en 2007 et 2008. L’Espagne est championne du monde pour la première fois de son histoire. Et une bien belle championne.

L’Europe sur le toit du monde

A la fin des poules, les équipes européennes semblaient avoir perdu de leur prestige. A la veille de la finale, force est de constater que le Vieux Continent domine le football mondial. Pays-Bas et Espagne s’affrontent pour la finale, Allemagne et Uruguay lors de la petite finale. Pour la première fois de l’histoire de la Coupe du Monde, un pays européen est sur le point de s’imposer en dehors de son continent.

Un Pays-Bas outsider…

Les bataves laissent une impression bizarre. Certes, ils ont gagné tous leurs matchs mais ils semblent fragiles dans bien des secteurs de jeu : le milieu de terrain et la défense ne se sont pas trouvés contre l’Uruguay. Alors, les points forts des Oranje sont ailleurs : des individualités talentueuses en attaque, Robben, Sneijder, Van Persie pour ne citer qu’eux. Entre la fougue des jeunes et l’expérience des plus anciens, les Pays-Bas ont de quoi surprendre : c’est bien Van Bronckhorst, 35 ans, qui débloque la situation contre l’Uruguay d’une frappe sublime. Tout un symbole. Le filou de 33 ans, Mark van Bommel, apportera lui aussi son expérience – et ses coups. Et puis, il y a le mental. Bien décidés à laver les affronts des deux finales perdues, les joueurs bataves semblent capables de beaucoup et prêts à tout.

… contre un grandissime favori.

David Villa célèbre son but contre le Portugal en huitième de finale. Photo : jikatu.flickr.cc
David Villa célèbre son but contre le Portugal en huitième de finale. Photo : jikatu.flickr.cc

L’Espagne est favori depuis le début du Mondial. Malgré de courtes victoires (1-0) depuis les huitièmes, la Roja semble en mesure de tenir son rang, grâce à son milieu de terrain, le meilleur du Mondial – et ce ne sont pas les Allemands qui diront le contraire : Xavi, Iniesta, Xabi Alonso et Busquets. La talentueuse Nazional Manschaft n’y a pas résisté. D’autre part, il semblerait que le gardien espagnol soit de retour : Iker Casillas sort un penalty et plusieurs beaux arrêts en quart et en demi. Reste l’énigme Fernando Torres. Il n’est pas titulaire contre l’Allemagne, conséquence de performances mitigées depuis le début du Mondial. Pedro lui est préféré et pour cause : le jeune catalan réussit un très bon match, malgré une occasion complètement gâchée en fin de partie. Une méforme qui profite à David Villa – un joyau, sauveur ou diamant, comme il vous plaira… Villa c’est 5 buts depuis le début du Mondial – comme Sneijder – et des beaux! Un mental d’acier et un talent fou. Si Villa va, la Roja gagnera…
Bon et puis Paul le Poulpe l’a dit. Alors…

Petite finale, grandes équipes

Uruguay et Allemagne s’affrontent tout à l’heure pour la petite finale. Coups de tête sent la formation de Löwe un brin supérieure, un brin favorite. Mais l’Uruguay a tellement de coeur et quelques très bons joueurs (Forlán, Caceres…), que le doute est permis. N’est pas Paul le Poulpe qui veut…

Coupe du Monde 2010 : pas de quartiers…

Diego Frolan tire un coup-franc lors du match Uruguay - Ghana. Photo : jkatu.flickr.cc
Diego Frolan tire un coup-franc lors du match Uruguay – Ghana. Photo : jkatu.flickr.cc

Au terme d’un match épique, l’Uruguay se qualifie pour les demis. Le Ghana perd aux tirs aux buts mais peut s’en vouloir de ne pas avoir su saisir sa chance en prolongations. Gyan râte le penalty qui aurait envoyé une équipe africaine pour la première fois de son histoire en demi-finale de Coupe du Monde.
Point noir de la rencontre : l’arrêt – magnifique – de l’attaquant Diego Suarez de la main sur la ligne du but. Le but ghanéen aurait tout changer. Une action qui vient renforcer la polémique sur l’arbitrage, mais ne change rien pour le Ghana, éliminé.

Le Brésil a mal joué. C’est dit. Une seconde période aussi ratée que la première fut réussie. Sauf que les joueurs hollandais ne sont pas des peintres. Erreur du gardien brésilien et tête du petit Robben, étonnamment seul dans la surface de réparation : 2 buts pour les bataves, qui font oublier la superbe ouverture du score de Robinho. Les brésiliens n’y étaient pas, alors que beaucoup en faisaient les favoris. Dunga démissionne. 4 ans pour préparer le Mondial chez eux. Le talent ne suffit pas.

Il était difficile de parier sur un vainqueur entre l’Argentine et l’Allemagne. Alors prédire le scénario du match… L’Allemagne inflige une correction à l’Albiceleste : 4-0. Sans appel. Même le Pibe del Oro n’a pas bronché : aucune réaction tactique de sa part. Il s’en ai juste remis à son homme qu’il imaginait providentiel, comme il le fut, pour débloquer la situation : Messi. Mais l’Allemagne, bien en place, étonnée d’avoir le contrôle du jeu, a su quoi faire du ballon. 90 minutes et 4 buts plus tard, l’Argentine s’en va de la Coupe du Monde. Maradona partira ou pas ?

Ce fut loin d’être une formalité pour la Roja. David Villa libère les siens à la 83è minute, après que chacune des deux équipes a manqué un penalty. L’Espagne joue bien mais manque des occasions et n’est pas encore à son meilleur niveau, à l’image de sa vedette Fernando Torres, buteur fatigué. Toujours est-il que, sans éblouir et claquer des buts, la Championne d’Europe en titre est là. Le Paraguay, inconsolable, laisse passer sa chance.